Pour cette nouvelle production de La Cenerentola de Rossini à Dijon, Mirabelle et Philippine Ordinaire ont imaginé un monde merveilleux, dansé et chanté.

© Agathe Poupeney / Divergences-Images / 02/11/2026 / Auditorium de l’ Opéra de Dijon / Dijon / France

La Cenerentola de Rossini s’avère-t-elle bien une réinvention de la Cendrillon de Charles Perrault ? On peut en douter en ce soir de première à l’Opéra de Dijon : ni fée ni carrosse n’apparaissent sur scène. L’intrigue ne fait pas davantage appel à la magie, et la marâtre est remplacée par un père avide d’argent et de rang social. De quoi éveiller la curiosité, malgré la présence traditionnelle des deux méchantes sœurs et de Cendrillon à la bonté légendaire. Mais soyons honnêtes : au fil du spectacle, les références au conte se multiplient. Pendant l’ouverture, Mirabelle Ordinaire fait apparaître des citrouilles et des souliers présentés sur de petits coussins, en bijoux, comme pour rendre au conte ce que le livret lui a retiré. La scénographie de Philippine Ordinaire déploie, elle, un imaginaire féerique autour d’un grand escalier sinueux, doté d’une balustrade en fer forgé à motifs de cœurs. Le dispositif se transforme au fil des scènes, tandis que les personnages évoluent en grande partie sur ces marches. Leurs va-et-vient dans cet espace et sur le palier évoquent ainsi la recherche d’une issue dans un labyrinthe. À l’arrière-plan, des fenêtres et des portes faites de miroirs : plutôt que de refléter réellement la scène, elles prolongent les gestes des chanteurs à travers les mouvements de danseurs. Dans l’acte II, ces danseurs prennent parfois leur autonomie et convoquent, à l’aide d’accessoires emblématiques, l’univers du conte de Perrault. Cette belle idée perd toutefois un peu de sa force en raison de l’escalier imposant, qui gêne la visibilité des ombres évoluant derrière les miroirs. Les beaux costumes de Violaine Thel, en gaze et en mousseline aux passementeries raffinées, confèrent une légèreté aérienne aux habitants de ce pays imaginaire. Les différentes nuances de gris et de bleu, sobres et subtiles, composent une palette incontestablement élégante, même si cette monochromie frôle par instants la monotonie.

Sur le plateau, Marine Chagnon réussit pleinement sa prise du rôle-titre. Du grave épuré à l’aigu clair, parfois éclatant, sa voix se montre d’une grande souplesse, jusque dans les vocalises. Fanny Soyer et Axelle Saint-Cirel incarnent les deux sœurs, Clorinda et Tisbe, irrésistiblement vaniteuses, dans un contraste fascinant de timbres. Leur père, Don Magnifico, à la fois suffisant et stupide, trouve en Vincenzo Taormina un interprète magistral, idéal pour ce rôle bouffe. Il se distingue notamment dans les passages de chant syllabique rapide, qu’il débite avec une clarté ahurissante. Valerio Morelli compose le rôle du précepteur Alidoro avec une belle constance vocale. Dandini, le valet du prince, est interprété par Mikhail Timoshenko, très remarqué, qui, outre son chant solide, séduit par son talent d’acteur. Quant à Krzysztof Lachmann, il campe un Don Ramiro plutôt sentimental, qui s’intègre bien dans l’esthétique de la mise en scène. Le chœur d’hommes de l’Opéra de Dijon forme un véritable personnage et donne à l’œuvre une belle épaisseur.

Dans la fosse, la cheffe Nil Venditti dirige avec maîtrise. En ce soir de première, les quelques micro-décalages survenus sont aussitôt rattrapés, avec une discrétion saisissante. Elle tire de la partition des couleurs chaudes et ouvertes, même dans la mélancolique canzone « Una volta c’era un re». Bref, cette Cenerentola séduit par son univers visuel délicat et la qualité de sa distribution, portée par une direction musicale attentive et colorée.

La Cenerentola de Rossini, direction musicale de Nil Venditti, mise en scène de Mirabelle Ordinaire. Opéra de Dijon, jusqu’au 10 novembre.
Informations et réservation : https://opera-dijon.fr/