Michel Fau se révèle très à son aise dans cette version en français de L’Enlèvement au sérail reprise à l’Opéra royal de Versailles.
Si l’Orient est un réservoir inépuisable de clichés, c’est qu’il représente un tremplin fabuleux pour l’imaginaire. Ainsi, quand débuta la mode des voyages touristiques au XIX° siècle, l’Égypte devint une destination privilégiée. Pour autant, c’est aux frontières – lointaines – de l’Europe que Mozart situe l’action de L’Enlèvement au sérail, en l’occurrence en Turquie. Le compositeur est en pleine euphorie quand il écrit ce Singspiel, œuvre qui alterne parties chantées et dialogues parlés. Il va bientôt épouser celle qu’il aime et la perspective de ce mariage lui donne des ailes. Le récit de la libération par un noble espagnol d’une jolie femme emprisonnée dans un harem convient parfaitement à son état d’esprit. Le sauveur s’appelle Belmonte (Mathias Vidal) dans la version en français – traduite par le dramaturge Pierre-Louis Moline (1739-1820) – mise en scène par Michel Fau que l’Opéra royal de Versailles a la bonne idée de reprendre après sa création en 2024.
La captive qui répond au nom de Constance (interprétée par Florie Valiquette) est une Occidentale. Le livret, fort bien troussé, combine finement tragique et légèreté. Car le méchant qui tient la jeune femme en son pouvoir n’est pas un ogre. On comprend bien, du coup, que Michel Fau n’ait pas résisté à jouer lui-même ce pacha Selim qui, tout en exerçant un pouvoir absolu, n’en fait pas moins preuve de sagesse. D’autant que son personnage n’a pas de parties chantées. Énigmatique, inquiétant, avec aussi quelque chose d’un mage, il se révèle surtout un monarque avisé et magnanime en acceptant in fine de laisser fuir la prisonnière. Le charme de ce genre d’opéra, c’est de nous emporter dans un univers de Mille et Une Nuits obéissant aux seules règles de la passion amoureuse, de la ruse et de la comédie – non exempte de tragique, proche parfois de l’hallucination quand les cloisons du palais rétrécissent dangereusement, tandis que le plafond s’abaisse comme pour étouffer la malheureuse Constance. Ce palais imprenable est entouré d’une clôture au-dessus de laquelle est disposée une passerelle. Le dispositif, sorte de coffre-fort tantôt ouvert, tantôt fermé, se révèle des plus efficaces sur le plan dramaturgique.
Où l’on voit tout le plaisir qu’a pris le metteur en scène, aidé en cela par la scénographie d’Antoine Fontaine, à créer une tension qui fait évidemment écho aux élans fougueux de la musique interprétée par l’Orchestre de l’Opéra royal sous la direction de Gaëtan Jarry. Très à son aise dans ce type de répertoire, Michel Fau offre aux chanteurs l’espace nécessaire pour assumer leurs rôles. Avec une dose d’humour et parfois de truculence quand Pedrillo (Engerrand de Hys), le valet de Belmonte, mime un air de mandoline avec un jambon ; mais aussi en soulignant le pathétique quand Mathias Vidal, désespéré, chante seul face à la salle devant un rideau baissé. Vive, alerte, dosant habilement inquiétude et légèreté, une mise en scène rondement menée qui fait la part belle aux chanteurs et sert avec brio la musique de Mozart.
L’Enlèvement au sérail, de Mozart, mise en scène Michel Fau. Du 18 au 23 juin à l’Opéra royal de Versailles (78).











