Chaque année, la foire Drawing Now accueille le meilleur du dessin contemporain. Pour cette 19e édition, les femmes, l’hybridation et le numérique sont à l’honneur. Décryptage en compagnie de sa directrice artistique Joana Neves.

Josep Santilari, Nature morte au fromage et à la fleur d’oranger, 2025, crayon sur carton, 28 x 28 cm. © Artur Ramon Art.

Retour sur l’année 2007. La crise financière mondiale pointe son nez. Les amateurs d’art et les artistes commencent à se tourner vers un médium moins onéreux que la peinture ou la sculpture : le dessin. La galeriste Christine Phal décide alors d’organiser un salon qui mettrait à l’honneur cet art afin qu’à l’image de la photographie à ses débuts, celui-ci acquiert ses lettres de noblesses. Le pari est réussi. Le dessin n’a plus rien à prouver. On le trouve partout, dans tous les salons, dans toutes les galeries, dans tous les ateliers. Il se déploie sur papier, mais pas uniquement. Il peut accéder à la tridimensionnalité, s’animer, devenir performance. Cette grande variété de forme et de matériaux rend le dessin passionnant. À l’image de la foire Drawing Now qui se déploie cette année encore dans le très bel espace du Carreau du Temple à Paris.

Sur les 71 galeries internationales issues de 13 pays différents, 40% sont nouvelles. « Cette nouvelle constellation de galeries permet d’amener un autre regard, confirme Joana Neves. Comme la galerie londonienne Richard Saltoun qui, pendant toute une année, s’est donnée le challenge de ne montrer que des artistes femmes. Cela fait écho à la thématique du parcours Parallaxe autour des Femmes du Dessin. » La foire, avec ce parcours parallèle, participe à l’élan actuel de valorisation de la production des artistes-femmes, dans la continuité des éditions précédentes, Marinette Cueco ayant par exemple été présentée l’année dernière par la galerie Univer qui cette année met en avant la jeune artiste grecque Evdoxia.

Une tendance à l’hybridation

La figuration, omniprésente dans la peinture actuelle, a-t-elle aussi envahie le dessin contemporain ? « Oui », confirme Carine Tissot, fille de Christine Phal et codirectrice de la Drawing Society qui chapote la foire, mais aussi le Drawing Lab, un espace d’expérimentation du dessin au sein du Drawing Hotel, et la résidence d’artistes Drawing Factory. Mais, précise Joana Neves, « cette figuration est hybridation. On est moins dans le figuratif que dans le figural, au sens deleuzien du terme. Nous ne sommes pas complètement dans le réalisme, ni dans l’abstraction totale. Les figures sont associées à des formes à des aplats de couleurs. Comme chez Delphine Gigoux-Martin qui montre des formes extrêmement reconnaissables, mais qui en même temps jouent sur les textures, sur le matériau même du dessin. On a vraiment, je pense, une richesse de cet entremêlement avec une grande présence de la matière, que ce soit chez Vincent Richard de Latour chez Aziyadé ou la galerie belge Eva Steynen avec Benoît Félix. »L’hybridation se retrouve aussi dans la représentation de la relation des corps avec la nature, « les corps un peu rêvés, un peu mythologiques, un peu monstrueux comme chez Paule Sauvaire à la Hopstreet Gallery de Bruxelles ou Ellande Jaureguiberry chez 22,48m2. »

Entre ruines et minéral

Si la foire se déploie surtout sur le grand plateau au rez-de-chaussée du Carreau du Temple, d’autres secteurs tout aussi pertinents en sous-sol portent un regard sur des travaux plus expérimentaux. Le secteur Digital rassemble des artistes qui, soit dans le processus de réalisation soit dans la forme finale, utilisent les nouvelles technologies. Cette exploration se prolonge avec l’exposition Numérique Lyrique : Les Nouvelles Origines du Dessin pensée par Joana Neves, à partir des collections du Frac Picardie et du CNAP. Les secteurs Inception et Process accompagne des projets originaux telle que la rencontre entre la ruine et le minéral chez Guénaelle De Carbonnières représentée par l’excellente galerie Binôme spécialisée en photographie et remarquée à l’occasion de Offscreen. Et puis il y a ces artistes que l’on retrouve chaque année avec délice, comme Philippe Favier et ses minutieux dessins à la Galerie 8+4, le talentueux Jérôme Zonder à la galerie Obadia, l’engageante Suzanne Husky à la galerie Alain Gutharc, l’étonnant Erik Nussbicker à la Galerie Maubert, mais aussi Marc Desgrandchamps, Christine Safa, David Nash et Fabienne Verdier tous représentés par la galerie Lelong. Sans oublier les artistes découverts il y a peu à la Drawing Factory dont Claire Vaudey sur le stand de la galerie Dilecta. Et les évènements qui vont donner vie à cette foire, que ce soient les performances dont Body Letters de Lise Terdjman, une rencontre entre le geste tracé de l’écriture et le mouvement du corps, ou les discussions. Quant à l’annonce très attendue du lauréat ou de la lauréate du Prix Drawing Now 2026, rendez-vous le 25 mars à 18h30 au Carreau du Temple…

Drawing Now Paris, du 26 au 29 mars. Carreau du Temple. Paris 75003.