Entre expériences transcendantales, explorations scientifiques et pratiques artistiques, le MAC VAL partage l’univers de l’artiste français SMITH. Une exposition à expérimenter et à penser. Rencontre.

SMITH partage à travers ses œuvres une pensée d’un monde mutant, ouvert, fluide ainsi que l’infinie variété des connexions possibles entre les êtres vivants. Créer lui permet d’explorer des sujets qui l’obsèdent, telle la métamorphose, les différentes réalités, les relations, ou la désidération, cette sensation de s’être déconnecté de l’univers, des phénomènes cosmiques, qui donna son nom à l’une de ses cycles artistiques. À travers son dernier projet Dami, il s’est intéressé aux différentes techniques de perception du monde. Pour cela, il a collaboré avec l’astronaute Jean-François Clervoy, avec l’ethnomusicienne Corine Sombrun, l’ayahuasquero Juan Zuniga, la bergère Emilie Husson, la maraîchère Viviane Vincent-Tejero et la viticultrice Sabrina Pernet. Et avec tant d’autres avant. Artiste-chercheur à l’esprit indisciplinaire, diplômé de la Sorbonne en Philosophie, de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles et du Fresnoy, SMITH navigue entre plusieurs médiums, mais la photographie a ses faveurs. Elle est ce qui le relit au monde, ce qui lui permet de garder une trace des instants vécus. Comme Nan Goldin, il photographie un monde, le sien, peuplé d’êtres non ordinaires. Comme Matthew Barney, il produit des fictions pour le raconter. Il floute la réalité, et partage une expérience sensible, indéfinie, libérée de toute finitude. Son art ne s’arrête pas à la production d’objets. Il englobe des situations, des expériences. Ici grand ouvert, le titre de l’exposition personnelle que lui dédie le MAC VAL, sonne comme une invitation à participer à une expérience sensible, poreuse, potentiellement transformatrice. Et « propose un espace d’ouverture aux autres corps, aux autres expériences », précise son commissaire Frank Lamy. Rencontre avec l’artiste, dans un état un peu étrange précise-t-il, après une résidence au milieu de l’Océan Pacifique à bord de la goélette de la Fondation Tara Océan.

La photographie est votre médium privilégié. Quand l’avez-vous découvert ?
Dès l’enfance. Mes parents étant photographes, j’avais le privilège d’avoir du matériel et des pellicules à volonté. Et comme j’avais de grandes difficultés de communication, la photo était mon point de contact avec le monde, ma façon de sortir un peu de ma bulle. J’ai donc fait beaucoup d’images. J’ai besoin d’enregistrer ce qui est en train de se produire et d’avoir un lien avec le présent, avec le réel que la photographie atteste. Les images de mon premier cycle Löyly, datent de 2001. J’ai alors 16 ans, je passe de l’adolescence à l’âge adulte. Mon entourage aussi, beaucoup sont des personnes queer. Donc il y a l’idée d’un passage et d’une transformation. D’où le titre Löyly qui signifie vapeur et fantôme en finnois ancien. Les questions de genre n’étaient pas le sujet de ce cycle, au sens documentaire, mais un prolongement naturel de ce qui me traversait.
Pourquoi avoir voulu explorer, avec Désidération, les liens entre les êtres vivants ?
Ce qui lit ces deux cycles, c’est la question de la relation et de ce qui fait qu’on considère l’autre comme un autre. J’ai toujours l’impression qu’il y a une continuité directe, une absence de séparation entre moi et les autres humains et non humains. C’est conditionné par le fait que je suis autiste. Cela rend parfois difficile la vie en société mais permet dans un même temps de créer des hiérarchies entre soi et les autres. Cela ramène à la question du genre.
Pourquoi séparer le masculin et le féminin alors qu’on peut voir ça comme une continuité ?
C’est une affaire essentiellement culturelle. Toutes les binarités me semblent caduques. Cette continuité se manifeste dans mes œuvres parce que je ne peux pas voir les choses autrement. La transe ou la méditation me permettent d’arriver dans un état de conscience où la perception qu’on a de soi est, justement, diffuse.
Retrouvez la suite de cet entretien dans le N°198 de Transfuge
SMITH, Ici grand ouvert, Jusqu’au 31 janvier 2027, MAC VAL, macval.fr






