Christos Papdopoulos rencontre Dance On, un ensemble international de danseurs au zénith de la maturité. Leur Mellowing est un exercice minimaliste de haut vol à découvrir au Carreau du Temple.
Qui eût cru qu’un jour le battement d’ailes des oiseaux et l’ondulation des poissons allaient essaimer sur les plateaux de danse ? Sous l’égide de Christos Papadopoulos, une dizaine de danseurs arrivent parfaitement à incarner ces nuées ou essaims qui ont inspiré à Christos Papadopoulos les oscillations fondamentales de sa vision chorégraphique. Sa signature, ce sont ces pelotons où chacun bouge dans la même direction, où s’affirment des individus qui font vibrer mains, avant-bras, pieds et hanches dans un quasi-unisson qui ne devient pourtant jamais une contrainte. Chez l’Athénien, un ensemble qui swingue dans la même direction, qui digère ses dissidences internes et cultive ses énergies souterraines ne se transforme jamais en un corps de ballet. Papadopoulos met en scène des organismes vivants, complexes et harmonieux qui sont pourtant traversés par quelques dissonances internes. Pour l’observateur, l’exercice touche à la méditation, ou bien au guet.
Comment se construisent les liens, comment s’exprime l’individualité des uns et des autres ? Sur quoi repose leur énergie fusionnelle ? Pour révéler leurs interprètes, certains chorégraphes misent sur l’épuisement, d’autres sur la contrainte, la parole ou les costumes. Rien de tel chez Papadopoulos qui conçoit bancs de poissons et nuées d’oiseaux telles des assemblées d’individus en état de pleine conscience. Dans sa douceur poétique, ce modèle est politique, car à contre-courant de l’atomisation individualiste des sociétés occidentales. Il l’est encore plus ici, où Papadopoulos ne crée ni pour la compagnie qu’il fonda à Athènes, ni pour les grands ensembles des maisons de ballet qui l’invitent régulièrement, mais pour Dance On, un collectif international qui réunit des interprètes ayant atteint un degré de maturité et une acuité qui ne viennent qu’avec l’âge. Souvent également chorégraphes, ils ont interprété au sein de l’ensemble basé à Berlin des œuvres créées sur mesure par Mathilde Monnier, Jan Martens ou Noé Soulier, sans parler de leurs interprétations de Merce Cunningham ou Lucinda Childs.
En tant qu’interprètes, ils ont mené des carrières à la Batsheva, au Ballet Cullberg, chez William Forsythe, Marcos Morau et tant d’autres. Il va de soi que Papadopoulos, qui est de la même génération, ne leur apprendra pas comment bouger ou danser. L’idée qu’il leur apporte est dans le titre : Mellowing (devenir moelleux). Ce qui résonne comme un autre appel à refuser nos carapaces et l’ambiance conflictuelle de nos villes. Avec Dance On (continuer à danser), le chorégraphe qui s’est fait ses armes en travaillant avec l’incontournable vedette athénienne qu’est Dimitris Papaioannou bouscule lui aussi ses habitudes. Car si les ballets de l’Opéra de Lyon ou du Nederlands (NDT) qui l’ont invité à créer pour eux, sont plutôt homogènes, Papadopoulos rencontre à Dance On non seulement des personnalités plus affirmées, mais aussi des corps bien plus variés. Ce qui donne des saveurs particulièrement relevées à la subtilité des déhanchements et oscillations qui produisent l’effet Mellowing.
Mellowing de Christos Papadopoulos – Paris, Le Carreau du Temple – Du 17 au 18 mars







