La cinquième édition du festival Everybody au Carreau du Temple célèbre le corps, en tout état d’âme et de conscience.

Chaque année, Everybody réunit au Carreau du temple, sous des auspices plus ou moins chorégraphiques, une collection farfelue de personnes à la diversité très affichée. On pourrait y voir une sorte de cabinet de curiosités, mais ce serait nier le sens même du festival. Sandrina Martins, qui dirige le Carreau du temple, n’a pas inventé ce rendez-vous pour jeter les corps des uns et des autres en pâture à des regards cavaliers. Au contraire, Everybody interroge la place que le regard collectif accorde aujourd’hui à certaines personnes « en situation de différence » par rapport aux idéaux classiques. Un corps parfait est un corps handicapé, car il ne raconte pas d’histoire. Dixit jadis Tatsumi Hijikata (1928-1986), fondateur du butô au Japon. Il aurait apprécié ces artistes qui amènent leur corps sur le plateau en tant que témoins du vécu en référence au genre, à la couleur de peau, à l’âge, au handicap ou autres, investissant l’intimité d’un studio, la liberté de l’immense halle ou la frontalité classique d’une belle salle de spectacles.

Vous reprendrez bien un peu de JO ? Ça tombe bien, car Everybody est ouvert à tous les corps, même performants. Maud Le Pladec amène les vingt-cinq danseurs du Ballet de Lorraine pour retrouver un éclat de Synchronicité, énorme fresque olympique pour 250 danseurs sur les quais de Seine, les pieds dans l’eau. Réglée au cordeau, la chorégraphie exige justement ce corps entraîné et musclé dont Everybody dessine le contrepoint. Et pourtant, l’inclusion est un thème de cette soirée lorraine, avec a folia du Portugais Marco da Silva Ferreira qui fait référence à une danse carnavalesque du XVe siècle où, comme à Venise, chacun s’exprime sans se soucier des conventions sociales. Queer ou trans, grand ou petit, jeune ou moins jeune… Dans l’esprit d’a folia, tout le monde ira s’amuser au Baile charme de Rio, concept de bal de rue et de tous les possibles, qui arrive pour la première fois en France. A Everybody, le corps n’est pas que spectateur.

Résolument ouvert à toutes les réalités du corps contemporain, Everybody invite une artiste Indienne trans au nom explicite de Living Smile Vidya, née garçon au sein de la caste marginalisée des dalits. En dansant et chantant, elle situe son corps au centre d’une aventure humaine qui résonne fortement avec celle de Chiara Bersani qui mesure 98 cm en raison d’une ostéogenèse imparfaite. Dans son duo métaphorique Sottobosco,l’Italienne questionne notre capacité à affronter l’adversité. Des sous-bois à la rivière, il n’y a qu’un pas quand Annabelle Guérédrat invite le public à participer à une expérience immersive, sensorielle et inclusive, moyennant inscription sur le site du Carreau du temple et participation à une initiation. Sous la devise Let’s go back to the river, la Martiniquaise qui interroge dans ses créations la posture sociale et politique des femmes noires et métisses dans les Caraïbes, invite à une célébration du féminin, du sacré et du vivant à laquelle se joint la DJ Sugar Tantine en clin d’œil à Oxun, divinité des eaux douces et symbole de l’émancipation des femmes.

5e festival Everybody – Paris, Le Carreau du temple – Du 18 au 22 février