Alors que le mythique festival de Lille, lancé par Jean-Claude Casadesus, vient de s’achever, retour sur les grands moments.
Lors de la 23e édition du Lille Piano(s) Festival, le public était présent, que ce soit aux concerts de jazz (Rhapsody in blue de Gershwin par Paul Lay, hommage au Köln Concert de Keith Jarrett par Édouard Ferlet) ou aux propositions de musiques actuelles et du monde à la Gare Saint‑Sauveur. Une programmation foisonnante, presque déroutante tant elle multipliait les esthétiques. Mais au conservatoire, les amateurs de piano classique « pur » ont trouvé trois récitals d’une rare intensité.
Vadim Kholodenko ouvrait la série avec la Symphonie fantastique de Berlioz transcrite par Liszt. Son jeu, d’une maîtrise souveraine, conjuguait contrastes puissants et nuances infimes : un massif sans lourdeur, une délicatesse presque maternelle, un crescendo mené avec une précision architecturale jusqu’à son point d’incandescence. Le frisson était immédiat ! La Franco‑burundo‑ukrainienne Mirabelle Kajenjeri captait, elle, une matière plus impalpable pour la rendre audible. Des accords arrachés au fond du clavier n’altéraient jamais la caresse la plus tendre. Elle révélait au passage Aria de Thierry Escaich et la Suite ukrainienne d’Igor Shamo, qu’elle éclairait d’une sensibilité déjà très affirmée. Enfin, la Malaisienne Magdalene Ho, Premier prix du Concours Clara Haskil 2023, offrait notamment des Humoreske de Schumann d’une intensité habitée. Elle vit cette musique de l’intérieur, avec une personnalité forte, sans jamais forcer le trait.
On retiendra aussi le récital de cymbalum d’Aleksandra Szenisenia : au‑delà de l’instrument, c’est une véritable artiste que l’on découvrait : sensible, incarnée, profondément musicale.









