La 23e édition du Lille Piano(s) Festival investit une nouvelle fois le centre-ville sous le signe de l’éclectisme.
Plus qu’un festival de piano, l’événement revendique depuis sa création une identité ouverte, où le clavier devient un point de rencontre entre répertoires, générations et pratiques : piano(s) sans frontières. Jazz, musique contemporaine, ciné-concerts, improvisation, slam, musiques traditionnelles ou électronique : tout semble ici conçu pour décloisonner les habitudes d’écoute. En raison des travaux du Nouveau Siècle, salle d’attache de l’Orchestre National de Lille, organisateur du festival, cette volonté d’ouverture se lit aussi dans le choix des lieux : d’une cathédrale à un bar, d’une salle de concert à un cinéma éphémère, d’un hall monumental à des espaces patrimoniaux plus intimistes. Une quarantaine de concerts se déploieront dans une dizaine de lieux, du Conservatoire à la Gare Saint-Sauveur, de la Chambre de Commerce et d’Industrie à la Cathédrale Notre-Dame de la Treille.
Cette édition dialogue également avec le cinquantième anniversaire de l’Orchestre National de Lille. Parmi les moments emblématiques figure le concert du vendredi 12 juin à la Cathédrale Notre-Dame de la Treille, où l’organiste Vincent Dubois, titulaire des grandes orgues de Notre-Dame de Paris, présentera un programme « Éternelle Notre-Dame ». Un écho à la réouverture de la cathédrale parisienne, pour laquelle Thierry Escaich avait composé un Te Deum, interprété quelques jours plus tard (24 juin) sous la direction de Stéphanie Childress dans le même lieu. Comme chaque année, le festival conjugue grands noms et artistes émergents. Parmi les rendez-vous attendus figure le double récital de Vanessa Wagner consacré aux Études de Philip Glass. Installé dans le vaste hall d’honneur de la CCI, le public pourra assister au concert allongé sur des transats. Autre temps fort : la venue de Vadym Kholodenko, lauréat du Concours Van Cliburn, qui interprétera la transcription pour piano seul de la Symphonie fantastique de Berlioz par Liszt, une partition spectaculaire et rarement donnée, véritable défi d’endurance et de virtuosité.
Le jazz occupe toujours une place importante. Le Clélya Abraham Quartet proposera à la Gare Saint-Sauveur un concert porté par la voix de contralto singulière de la pianiste-chanteuse, tandis qu’Édouard Ferlet revistera le mythique Köln Concert de Keith Jarrett avec ses Köln Variations, hommage personnel à l’un des enregistrements les plus célèbres du jazz. La curiosité demeure l’un des moteurs du festival : l’accordéoniste Félicien Brut viendra défendre son instrument dans un programme volontairement éclectique, tandis qu’Aleksandra Dzenisenia offrira un rare récital de cymbalum dans la Salle des séances de la CCI. Pour les jeunes publics, une nouveauté : le slam fait son entrée dans la programmation avec le duo Sugita Père et Fils, mêlant piano, guitare, violon et poésie scandée. Les étudiants de l’ESMD de Lille donneront un ciné-concert improvisé, Noiseferatu, autour du film culte de Murnau. Les ciné-concerts prennent d’ailleurs une ampleur nouvelle cette année : la Salle Descamps de la CCI sera transformée en véritable salle obscure.
Autre curiosité, les Variations Goldberg de Bach dialogueront avec un synthétiseur dans un programme ponctué d’œuvres d’Othman Louati, interprété par l’ensemble baroque Les Illuminations. Enfin, en clôture au Théâtre du Casino Barrière, la pianiste franco-albanaise Marie-Ange Nguci interprétera, sous la direction de Jean-Claude Casadesus, le Concerto n° 3 de Rachmaninov, sommet du répertoire romantique, pour une apothéose réjouissante de cette 23e édition.
Lille Piano(s) Festival, du 12 au 14 juin 2026 Informations et réservation : https://www.lillepianosfestival.fr/2026











