Le Liban, la Tunisie et le Maroc regorgent de talents, dont nous connaissons certains et allons découvrir d’autres, lors de l’Arab Dance Platform à June Events.

LABES, Conception et choregraphie Selim Ben Safia, Scenographie Nadia Kaabi Linke, Musique en live Marie Suzanne De Loye, sortie de residence, Atelier de Paris/CDCN le 16 janvier 2026.
Avec : Ilyes Triki, Mohamed Issaoui, Romane Piffaut Dahkan, et Malek Zouaidi
(photo by Patrick Berger)

Ils sont jeunes ou moins jeunes, vivent à Beyrouth, entre Paris et Tunis, à Bruxelles ou à Marseille… Ils viennent du Liban, de Tunisie ou du Maroc. Certains ont quitté Beyrouth, d’autres s’y sont installés. Ils se retrouvent en clôture du festival June Events sur invitation de Selim Ben Safia qui dirige depuis quelques années les Journées Chorégraphiques de Carthage, plateforme principale de la danse contemporaine en Tunisie. En France aussi on l’avait repéré, pour ses créations mordantes se frottant à l’oppression des libertés citoyennes. Avec Labes, ce chorégraphe tunisien présente un quatuor qui interroge la capacité à rebondir quand la politique devient violente et destructrice. En affirmant (ironiquement ?) que « tout va bien » (labes, en arabe), la pièce part de la destruction totale du quartier des Maghrébins à Jérusalem en 1967, secteur urbain dont s’inspire la scénographie qui en reproduit la topographie. Entre danses contemporaine et traditionnelle – dabke palestinien, break, cirque et viole de gambe – les musiques, gestuelles et cultures chorégraphiques se rencontrent pour fêter la résilience des communautés réduites au silence. Amenant lui-même un sujet aussi tristement d’actualité, Ben Safia a choisi, pour cette Arab Dance Platform parisienne, des créations qui abordent le corps comme un espace d’exploration des réalités sociales, politiques et intimes.

On apprend à l’occasion qu’à Beyrouth, la danse d’auteur construit sa propre résilience, alors qu’on la croyait paralysée depuis qu’Omar Rajeh s’est installé à Lyon et Danya Hammoud à Marseille. Cette dernière, qui tisse aujourd’hui des liens avec Casablanca en y co-programmant le festival Dérive, crée cette fois des Scènes de vie pour sept danseurs amateurs qui vont se déployer, en flirtant avec le surréel, dans le Jardin d’agronomie tropicale du Bois de Vincennes. Et si Hammoud fait partie des mieux repérés parmi les chorégraphes originaires d’autres rives de la Méditerranée, la plateforme tient à présenter, dans le cadre de la Saison Méditerranée, de jeunes chorégraphes pleins de talent pour les aider à frapper aux portes de l’Europe. Entre autres, Samer Zaher et Bassam Abou Diab, les fondateurs du Beirut Physical Lab (Beiroot Bodies) qui mènent une recherche entre théâtre gestuel et danse. Dans Ancestral Echoes, ils tentent de se situer entre le Liban et l’Europe en interrogeant le sentiment d’appartenance, quand le corps devient à la fois archive vivante, champ de bataille culturel et terrain de jeu entre dabke, Bollywood, voguing et danse contemporaine. Et parfois, l’interrogation sur les croisements des origines dans un seul corps et une seule vie de citoyen-artiste s’impose en sens inverse. Siham Ennajjary est liégeoise et spécialisée en danse krump, tout en puisant dans ses origines maghrébines et amazighes pour créer un style de danse très personnel. Dans Sab’r, qui signifie « patience », elle explore ce qui l’a construite entre krump, danses amazighes et mémoire familiale. Pour un retour non chez soi, mais à soi, comme le souhaitent tous les chorégraphes présents à cette étape finale de June Events 2026.

Arab Dance Platform / Saison Méditerranée Festival June Events 11-13 juin Atelier de Paris / Centre Wallonie-Bruxelles Paris