La danseuse chilienne Marcela Santander Corvalán revisite notre rapport à l’eau. Des Agwuas aussi douces que salées. Spectacle-phare du festival chorégraphique June Events.
Remonter aux sources. Vers les eaux du Chili et d’ailleurs. Vers les légendes, les processions, les fêtes, les traditions. Au Chili, les Mapuches. En Amérique du Nord, la rivière Hudson. Marcela Santander Corvalán vient du Chili. Elle s’est rendue sur les rives du Hudson, ces terres amérindiennes qui recèlent leurs propres légendes. Au Chili, la chorégraphe a grandi avec la cosmogonie des deux serpents, un mythe mapuche qui explique l’étendue longiligne de l’enlacement entre montagne et océan. En la voyant ajouter d’autres motifs locaux comme les danses rituelles des pêcheurs, les fêtes andines ou les processions religieuses, on pourrait s’attendre à un spectacle un brin folklorique. Mais il n’en est rien. Ou presque. Le sens même d’Agwuas est à pêcher dans les eaux profondes de la métaphore. Santander Corvalán explore notre rapport aux éléments. Et comme son nom l’indique (en assumant une certaine créativité orthographique), Agwuas traite de l’eau, cet élément qui innerve nos corps à hauteur de 70 % et nous lie aux origines de la vie. « Les eaux sont porteuses de la mémoire du monde, mais aussi de nos mémoires intimes », rappelle-t-elle. En partageant la scène avec Gérald Arev Kurdian aka Hot Bodies, elle crée, sous les lumières subtilement chatoyantes de Leticia Skrycky, des ambiances dans lesquelles on se laisse flotter pour prendre part à une double immersion. Gestes, costumes, chants, musiques, danses et lumières n’illustrent ni ne soulignent rien. Et pourtant le duo fait sentir une ambiance tantôt subaquatique, tantôt festive, avec ses foules carnavalesques envahissant les ports de pêche.
La chorégraphe insiste cependant sur le fond de sa démarche : Agwuas n’est pas un spectacle mais un acte de partage, à vivre de manière poétiquement transdisciplinaire. « Je fais, en dehors de ma danse, beaucoup de musique et j’écris beaucoup. Et tout cela devient matière chorégraphique. » Comme les légendes. À l’univers mapuche, Kurdian ajoute celui de son Arménie natale. Danse, musique, chant et paroles en deviennent inséparables, créant cette sensation d’immersion où le public participe à l’expérience, dans un espace partagé. En s’installant, chaque spectateur trouve une fleur qu’il va à un moment déposer sur l’un des îlots blancs, où coule un liquide mystérieusement scintillant. Ces bancs de sable ponctuent un cours d’eau d’une beauté imaginaire, fleuve ou océan porteur de danses, d’histoires et de réflexions. Aussi chacun est invité à ouvrir une porte vers son for intérieur, pour renouer avec son propre corps comme avec cette présence de l’eau en lui-même. Agwuas s’entend à nous initier à retrouver cette belle relation aux éléments fondateurs, comme aux savoirs d’une mémoire enfouie. Pas un spectacle mais une utopie et finalement une fête, quand le public se lève pour suivre l’injonction « mouillez-vous ». Pour plonger dans un liquide miraculeux dont la scène serait le dépositaire ? Nullement. Mais tout est prévu pour danser sur des airs festifs d’aujourd’hui, grâce au DJ set qui suit Agwuas. Où l’imaginaire aquatique se transforme en fête andine réinventée.
Agwuas de Marcela Santander Corvalán Festival June Events Théâtre de l’Aquarium Le 30 mai









