Le chorégraphe Christos Papadopoulos distille la mémoire collective du peuple grec.
Les unissons sont devenus la marque de fabrique de Christos Papadopoulos, grand amoureux du détail et des relations insondables entre les différentes unités d’un organisme collectif. L’ensemble respire et vibre sous des séries d’effets atmosphériques imaginés. Et jusqu’ici cette énergie fusionnelle semblait flotter dans un espace animal ou végétal qui refoule toute notion d’individualité. Ce qui explique qu’on n’ait jamais vu chez lui le moindre geste féroce. Et soudain, My Fierce, Ignorant Step ? Dix danseurs, tous grecs – détail significatif – incarnent un chœur, en référence à la tragédie antique. Le pari de Papadopoulos est de trouver un terrain de partage entre le corps en scène et un monument de la musique grecque du XXe siècle, l’« oratorio populaire » Axion Esti de Mikis Theodorakis. Et c’est la musicalité de la parole qui crée l’unisson dansé au sein d’un chœur tragique, par définition composé d’individualités citoyennes. Aux antipodes du corps de ballet, donc. Chez Papadopoulos comme chez Theodorakis, le chœur est le protagoniste, porté par la musicalité de la parole et par le souvenir collectif hellénique d’une choralité eschyléenne. Avec ses passages scandés sur un rythme répétitif, le chant épouse la plasticité chorégraphique, le corps devenant instrument de musique. Mais qui dit parole ou chant, dit conscience. Et c’est en leur âme et conscience qu’ils s’approprient l’espace, les gestes, les regards et la relation à l’autre. Tel est le pari de My Fierce, Ignorant Step. Un chœur citoyen dansant est né.
My Fierce, Ignorant Step de Christos Papadopoulos Paris, Théâtre de la Ville – Sarah-Bernhardt Du 24 au 31 mai









