Pour son spectacle de fin d’année, l’Opéra national du Rhin propose Hansel und Gretel de Humperdinck dans une lecture contemporaine imaginée par Pierre-Emmanuel Rousseau.

La soirée commence avec la somptueuse ouverture : sous la direction de Christoph Koncz, les harmonies riches et denses se déploient comme dans un vaste poème symphonique. Le rideau demeure fermé, sans aucun jeu d’acteurs pour annoncer ce qui suivra, et cette attente installe une tension délicieuse dans la salle. Lorsque le premier tableau apparaît, le contraste est là. Hansel et Gretel, plutôt pré-adolescents qu’enfants, « traînent » dans un recoin de bidonville, entourés d’ordures. Leur « maison » n’est qu’un vieux camping abandonné. Le père, homme-sandwich usé, et la mère, figure proche de la clocharde, énumèrent les maigres nourritures glanées, qu’on devine récupérées dans les poubelles d’un supermarché. L’imaginaire du conte traditionnel vacille ainsi dès les premières images. Et c’est bien là l’objet de cette mise en scène audacieuse.
La transition vers la forêt repose sur un simple voilage, dont les plis animés par les lumières deviennent des branches fantastiques. De cet espace épuré surgissent des créatures douces et étranges, comme un souvenir détourné d’Alice au pays des merveilles version Disney. Le Marchand de sommeil apparaît ensuite sous les traits d’un clown d’abord rassurant mais vite inquiétant, avançant à dos de cygne — allusion explicite à Lohengrin, qui renvoie également à l’écriture continue et tissée de la partition. Les références cinématographiques abondent : la Sorcière évoque Marlène Dietrich, suivie de créatures à tête de mort coiffées de haut-de-forme, cage et salle-abattoir maculée de sang… Quant à la maison de gâteau, elle devient un Witch Palace art déco, planté comme une attraction au cœur d’un parc de divertissement, en résonance avec le marché de Noël installé devant l’Opéra, Place Broglie. Ces trouvailles visuelles fascinent, mais interrogent : le merveilleux se voit-il réduit à la foire ?
La vigueur du plateau vocal relègue pourtant ces interrogations au second plan. Patricia Nolz prête à Hansel un timbre profond proche du contralto, idéal pour incarner un adolescent au seuil de la crise. Julietta Aleksanyan, lumineuse Gretel, laisse affleurer la peur, l’élan et l’espoir dans une voix claire et transparente. Damien Gastl et Catherine Hunold donnent chair aux parents, démunis face à l’énergie de leurs enfants comme à leur propre survie, et touchent par la sincérité de leur engagement. Spencer Lang, Sorcière en travesti irrésistible, joue de la séduction et de la menace tout en assumant une partition exigeante. Louisa Stirland, membre de l’Opéra Studio, révèle un beau potentiel en Marchand de sable et Fée rosée. Grand bravo à la Maîtrise de l’Opéra du Rhin anime avec fraîcheur les êtres fabuleux habillés de peluches.
Christoph Koncz obtient de l’Orchestre national de Mulhouse une sonorité intense et un flux presque ininterrompu, une véritable arabesque orchestrale.
Hansel et Gretel, « conte théâtral » en trois tableaux Livret d’Adelheid Wette et musique d’Engelbert Humperdinck. Mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau. Opéra national du Rhin jusqu’au 17 décembre ; la Filature de Mulhouse les 9 et 11 janvier.
Infos : https://www.operanationaldurhin.eu/fr/spectacles/saison-2526/opera/hansel-et-gretel









