Du 4 au 6 septembre, la Suisse est le centre du monde littéraire, avec le beau festival du Livre sur les quais, à Morges. Sa directrice artistique, Adélaïde Fabre, a répondu à nos questions.
Quel fil conducteur a été retenu pour cette édition du Livre sur les quais ?
Se raconter des histoires, ce sera notre fil rouge cette année : c’est une façon d’interroger la grande Histoire et les petites histoires. Ce peut être de façon purement historique, avec Patrick Boucheron, Johann Chapoutot ou Dominique Dirlewanger. Mais on assiste aussi à un grand retour du romanesque pour aborder des questions politiques ou historiques. Songez à Ananda Devi, Thélyson Orélien, Joanna Bator ou encore à Gouzel Iakhina et son Eisen… Il y a, me semble-t-il, une vraie richesse de cette rentrée qui amène le romanesque à penser son rapport à soi, aux autres, à l’Histoire. Prenez encore Juan Gabriel Vásquez : pourquoi s’intéresse-t-il à une figure d’artiste, qu’est-ce que ça vient dire de la littérature ? C’est le cas aussi de Claudie Gallay, qui nous amène aux confins du Nord et fait écho aux inquiétudes du monde. Sans oublier le livre de Sylvain Prudhomme, qui aborde la question du rapport au vivant. Cette question du roman-monde, elle est aussi reflétée par l’éditeur invité, Noir sur Blanc et leurs auteurs, Joanna Bator ou Gouzel Iakhina. Autre exemple de ce retour du romanesque, le texte de Julia Kerninon, sur des questions plus intimes. L’an dernier, il y avait beaucoup de choses sur la filiation, la paternité, le rapport au père et à la mort, mais il me semble que l’autofiction est moins présente cette année.
Le Livre sur les quais fait partie de ces festivals littéraires qui attachent autant d’importance au public qu’aux auteurs…
Tout le long du festival, des comédiens et des comédiennes liront à voix haute des textes au public qui circule sur les quais de Morges. On met aussi en place un partenariat avec l’Institut littéraire de Bienne, en Suisse : les étudiants proposeront des « snacks littéraires », c’est-à-dire un texte en français ou en allemand, qui sera imprimé et donné aux gens en direct. Il y aura également une « battle » des classiques, pour faire redécouvrir ceux-ci de manière ludique, avec Martin Boujol, François-Henri Désérable et Sonia Zoran. A chaque fois, il s’agit d’imaginer d’autres façons d’amener le public à se plonger dans les livres d’hier et d’aujourd’hui. A noter, aussi, le retour des croisières, la retransmission de toutes les rencontres du Casino en live dans une autre salle et un projet intergénérationnel qu’on va poursuivre : on crée des ponts entre des lycéens et des résidents de maisons de retraite.

Des traducteurs, dont Sophie Benech, Martin Rueff, ou Céline Leroy feront aussi entendre leur voix : le festival s’intéresse à la transmission des histoires…
Il s’agit d’interroger la puissance du romanesque et la façon dont on raconte des histoires. C’est ce que propose Sophie Fontanel avec Shéhérazade et la 602e nuit, c’est l’exemple parfait. Et c’est je crois aussi le fil rouge de beaucoup de romans de la rentrée : comment on raconte des histoires pour raconter le monde et aussi se raconter soi. Et ce que les histoires font de nous. Il y a sur ce point une adéquation parfaite avec Delphine de Vigan, que je suis ravie d’avoir pour présidente : c’est quelque chose qu’elle ne cesse de traiter. Elle s’est beaucoup investie, avec une grande générosité et elle aura deux cartes blanches, l’une avec Alix Lerasle, Thélyson Orélien et Angélique Villeneuve, qui aborde plus les questions qui traversent notre monde, et la seconde avec Louise Chennevière et Daria Marx, qui porte sur l’intra-familial, la famille défaillante, la violence… Ce qui est aussi un des thèmes qui traverse l’œuvre de Delphine de Vigan.
Festival Le Livre sur les quais, Morges, du 4 au 6 septembre









