
Chanteur et guitariste du groupe Les Mercuriales (un hommage aux tours jumelles de Bagnolet), Jean-Pierre Montal est aussi romancier. Il s’inscrit dans une lignée mélodique où se côtoient Bob Dylan, Roxy Music et Lou Reed, ayant réussi à transposer l’éloquence elliptique d’une chanson dans un roman, genre suprême qu’il porte aux nues. La Peau neuve, son dernier opus, raconte un périple pour le moins baroque. Cécile Blain, cinquante-six ans, récemment divorcée, déménage l’ultime vestige de son passé conjugal. En route pour la province, elle disperse sur son chemin les volumes de sa bibliothèque dans des boîtes à livres et s’interroge sur le rôle qu’ils ont joué dans sa vie. Comme l’indique le titre, c’est l’histoire d’une mue, l’enjeu même d’une aventure digne des grands modèles de Montal, Isaac Bashevis Singer et Anton Tchekhov.
Ce Stéphanois monté à Paris, dont la féerie architecturale n’a cessé de l’émerveiller depuis lors, s’est établi à la frontière des 1er et 2e arrondissements, bien qu’il leur préfère le quartier louis-philippard de la Nouvelle Athènes. Il m’a donné rendez-vous dans un troquet mythique, le Bougainville, au cœur de la galerie Vivienne. Un décor à l’image des Trente Glorieuses : affiches Campari et Cinzano, banquettes de skaï, comptoir et tables en formica.
« Après avoir écrit des romans plutôt statiques, j’aspirais à une fiction mobile, me confie Montal ; c’est ainsi que l’idée d’une bibliothèque qui s’éparpille de ville en ville m’est venue à l’esprit, un road trip à rebours du cliché américain, et une méditation sur les rapports qu’on entretient avec ces objets de littérature qui jalonnent nos vies. Les livres sont aussi un prétexte dramaturgique ; dans un couple, ils donnent lieu à des discussions, à des engueulades. J’aime varier les points de vue. Vous connaissez le mot de Jean Renoir dans La Règle du jeu : « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons.” »
Marqué aussi bien par Flaubert et Stendhal que par le polar (Chandler, Hammett, Manchette), Montal s’est épanoui en créant une maison d’édition avec Marie David, Rue Fromentin, où il a notamment publié Et nos yeux doivent accueillir l’aurore de Sigrid Nunez. Féru de romans américains et d’humour juif new-yorkais, il s’est affiné en lisant Francis Scott Fitzgerald, Saul Bellow et Philip Roth. Lui ont-ils légué l’élégance d’équilibriste que suggère son patronyme ? « Le nom que je donne à mes personnages est crucial, observe-t-il ; je cherche un point de bascule entre le banal et le mémorable. » Dans La Peau neuve, Julien Bendrix porte celui du protagoniste de La Fin d’une liaison de Graham Greene. Montal y distille quantité d’allusions littéraires qu’il dénicherait même dans un annuaire en imitant la voix suave de Maurice Ronet dont il est le biographe. On est tenté de situer son univers entre Annie Hall de Woody Allen et Le Feu follet de Louis Malle. L’hybridation a porté ses fruits jusque dans l’allure de ce dandy dont le charme discret est infaillible.
La Peau neuve, Jean-Pierre Montal, Séguier, 192 p., 19,50 €. Parution : 20/08/2026





