Dans l’espace parisien de la galerie Cuturi, l’univers enchanteur d’Hubert Le Gall se déploie dans un imaginaire peuplé d’animaux et d’apparitions sylvestres. Sublime !

Un petit loup aux oreilles malicieusement dressées élève de longues ramifications où viennent se poser de minuscules têtes dorées, chacune surmontée d’une fine bougie noire. Le bronze, finement strié, adopte la rugosité d’une branche calcinée, d’une écorce noircie par l’hiver. À ses côtés, des grues déploient leurs ailes élancées sur les portes d’un cabinet laqué. Présentée au Palais-Royal sous le commissariat de Bruno Gaudichon, cette première exposition monographique d’Hubert Le Gall dans l’espace parisien de la galerie singapourienne Cuturi réunit un ensemble d’enchantement certain : apparitions sylvestres, chimériques floraisons et profondes frondaisons.
Devant les œuvres d’Hubert Le Gall, l’œil ne sait jamais tout à fait s’il regarde une sculpture ou un élément de mobilier, tant vocation fonctionnelle et ornement y demeurent étroitement mêlés. « Je ne me considère pas comme designer, car ma démarche est plus artistique que liée au design. (…) C’est pourquoi je m’intéresse davantage au monde de l’art qu’à celui de la décoration », explique Hubert Le Gall. Né à Lyon en 1961, formé d’abord à l’économie et à la finance, il prend rapidement le chemin de la peinture en autodidacte, se consacrant plus précisément au genre du portrait avant d’inventer, à travers le mobilier, un vocabulaire plastique où reviennent avec grâce bestiaires imaginaires, ramifications végétales et géométries indociles.
Installé depuis le début des années 1990 dans un atelier de Montmartre ayant autrefois appartenu à Pierre Bonnard, Hubert Le Gall laisse alors libre cours à une œuvre située à distance du design industriel, privilégiant les éditions limitées tout comme les savoir-faire artisanaux d’excellence. Scénographe, il conçoit également de nombreux décors d’exposition marqués par ce goût des matières sombres, des atmosphères assourdies et feutrées, inspirées aussi bien par les arts décoratifs français que par l’univers du théâtre et du cabinet de curiosités.

Cette sensibilité aux intérieurs habités se retrouve ainsi dans les scénographies qu’il imagine pour plusieurs expositions majeures, de « La Mélancolie. Génie et folie en Occident » au Grand Palais jusqu’aux manifestations consacrées à Frida Kahlo (musée d’Orsay, 2013) ou au Caravage (musée Jacquemart-André, 2019). On y retrouve le même goût des pénombres feutrées et des mises en scène où le mobilier, loin du simple décor, participe d’une véritable dramaturgie du regard. En 2021, Hubert Le Gall investit également la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer, ses consoles, ses miroirs et ses assises inspirés des mythologies antiques semblant alors se fondre naturellement parmi les marbres, les mosaïques et les colonnes néo-grecques de la demeure. L’élégance très maîtrisée des matériaux précieux autorise également un humour discret. En effet, sous ses allures de designer raffiné, Hubert Le Gall se révèle avant tout comme un enchanteur d’intérieurs, un poète du mobilier toujours prompt à faire surgir une délicate étrangeté.
Dans ces pièces affleurent aussi bien les métamorphoses poétiques de Jean Cocteau que les hybridations végétales de Claude Lalanne, tandis qu’une merveilleuse ambiance toujours légèrement assombrie s’y insinue peu à peu. Le duo de chandeliers Chardons, avec leurs ramifications hérissées et leur patine soigneusement travaillée, détourne ainsi les canons établis et s’affranchit des conventions, témoignant alors d’une grande exigence d’exécution et d’un soin extrême porté aux finitions. Le titre de l’exposition, emprunté à un poème de Victor Hugo, confère dès lors une autre profondeur à cet univers où le raffinement décoratif s’aventure dans les méandres du conte et de la narration. L’esprit de Lewis Carroll ne semble jamais loin et cette rêverie mobilière gagnera également, à partir du mois de juin, la Villa Noël au Domaine de Bournissac, dont les lignes modernistes dessinées dans les années 1980 par Armand Pellier accueilleront les pièces d’Hubert Le Gall parmi les pins, les cyprès et les longues baies ouvertes sur le paysage provençal.
Hubert Le Gall, Arbres de la forêt, vous connaissez notre âme Du 28 mai au 26 septembre. Cuturi Gallery Paris







