La nouvelle édition de la foire Art Paris offre de réjouissantes découvertes dans un paysage économique moins euphorique…

Ben Vautier
I am a work of art, 1982
Peinture
Galerie Catherine Issert
Crédit : Courtesy de l’artiste et de la galerie Issert

On regrette ces jeunes galeries françaises qui s’étaient arrimées depuis quelques années à cette foire faite pour elles, se devant de valoriser les acteurs prometteurs du secteur. Ainsi, cette année, ni Lara Sedbon, ni Anne-Sarah Bénichou ne répondent à l’appel. Au même titre que les écuries plus établies de Kamel Mennour et Christian Berst, qui avaient pourtant franchi le pas d’une première participation l’an dernier. Backslash, Mitterrand et les bruxelloises Irène Laub et Nosbaum Reding ne remettent pas non plus le couvert. Heureusement, les fidèles Nathalie Obadia, Daniel Templon, Almine Rech, Continua, Suzanne Tarasieve ou Catherine Putman font office de socle. La foire accueille aussi de nouvelles enseignes, tels In Situ – Fabienne Leclerc, Loo & Lou Gallery ou la galerie Papillon. « Aucune édition d’Art Paris ne se ressemble : c’est mon obsession. L’idée est de se différencier par rapport à l’offre pléthorique des foires aujourd’hui », explique Guillaume Piens, son commissaire général.

Reliquaires photographiques mémoriels

À l’appui de cette ambition, deux parcours curatés au sein de la foire, permettant de mettre en lumière certaines œuvres sur les stands. On pourra suivre le regard d’Alexia Fabre, ancienne directrice de l’École des Beaux-Arts de Paris, aujourd’hui directrice déléguée du Centre Pompidou Francilien à Massy, qui explore le thème de la réparation. Dans sa sélection, on retient les petits habitats en verre d’Anaïs Boudot à la galerie Binome, jouant comme des reliquaires photographiques mémoriels, les sculptures enveloppantes et totémiques de Rachel Labastie chez Laforest-Divonne, les séduisantes céramiques de Javier Carro Temboury qui tissent des entrelacs et des recompositions chez Sailly ou les héroïnes noires de Mary Sibande qui semblent partir à l’assaut de l’Histoire sur le stand de la Sud-africaine Everard Read. Loïc Le Gall, directeur du centre d’art Passerelle à Brest, a, lui, choisi de se pencher sur une scène française traversée par les questions de langages, de textes, d’écrits, comme matière artistique mais aussi comme supports de réflexion à des œuvres relatives à l’histoire, la mémoire, les déplacements, l’identité, les liens générationnels ou les migrations. Des thèmes prégnants dans l’art actuel.

Les saynètes drolatiques de Ernest T.

Si Dubuffet (Bucher-Jaeger), Isidore Isou (Patrice Trigano) et Ben (Catherine Issert) tiennent lieu de figures tutélaires, on aura plaisir à voir ou revoir les grandes abstractions calligraphiques de Fabienne Verdier chez Lelong, les lettrages radicaux de Tania Mouraud chez Claire Gastaud ou les fils de Laure Prouvost chez Nathalie Obadia. Honneur aux femmes dans cette section ! Avec une mention spéciale pour les saynètes drolatiques de Ernest T. chez Semiose – fameux créateur d’une série intitulée Peintures nulles qui caricaturent la vacuité d’un certain art contemporain – et pour les petits panneaux en céramique du jeune Elias Kurdy chez Dilecta qui semblent réinventer le bas-relief archéologique. Mais c’est peut-être sur le balcon, à l’étage, qu’on trouvera le plus de singularité, d’humour et d’inattendu, au sein du secteur Promesses qui rassemble, sous l’égide du commissaire d’exposition Marc Donnadieu, 27 jeunes galeries (moins de 10 ans d’existence).

Elias Kurdy
Untitled, (wall panel n°4), 2023
Céramique
Crédit : Elias Kurdy, courtesy Dilecta

Forme fromagère et art minimal

Voici la déclinaison artistique foutraque du mets « fromage » dans tous ses états par l’artiste gastronome Nicolas Boulard, créateur de l’insolite confrérie Specific Cheese dont la mission est de réfléchir aux rapprochements entre forme fromagère et art minimal… « Un véritable one-man-show sur le stand de la galerie 22,48 m2 », commente Marc Donnadieu en insistant sur l’humour qui différencie certaines œuvres de cette section, aux côtés de thématiques plus sérieuses comme la transformation des écosystèmes et des paysages. Il faudra s’arrêter sur le stand du Brestois Alain Hélou pour butiner les graines et brindilles de Mylinh Nguyen qui tressent d’étonnants petits tableaux, sur celui de Pauline Renard pour admirer les élégantes ballerines peintes de Lara Bloy, sur celui de EDJI Gallery pour s’immerger dans une brasserie joyeusement réalisée en céramique par Philippine d’Otreppe et enfin sur celui de la galerie Idéale qui présente trois artistes passionnants, Léa Bouton et ses créatures hybrides et sinueuses, pareilles à des aliens, Marc Ming Chan et ses compositions post-suprématistes qui questionnent l’autoritarisme machiniste des sociétés et Stéphane Pencréac’h et ses grandes toiles sombres aux atmosphères prémonitoires qui dressent des portraits contemporains sans concession, à l’instar d’anti-icônes imprégnées des tumultes du monde. Cette édition qui renouvelle un parcours Design et n’oublie pas quelques pépites d’art moderne – chez Dina Vierny ou Zlotowski par exemple – tiendra-t-elle ses promesses ? Rendez-vous sous la verrière du Grand Palais en avril !

Foire Art Paris, 28e édition, du 9 au 12 avril, Grand Palais, artparis.com