Directrice artistique du Festival de Chambord depuis sa création en 2010, la pianiste Vanessa Wagner revient sur quinze années de programmation audacieuse dans ce lieu emblématique. Elle y donnera un récital Philip Glass le 5 juillet.

Comment pense-t-on un festival de musique dans un domaine aussi imposant que Chambord ?
Il ne faut pas se laisser écraser par le poids symbolique du château. À l’époque, c’était un lieu d’expérimentation architecturale et d’innovation. Il fallait répondre à cette modernité historique avec notre époque. J’ai construit une programmation diversifiée, de la Renaissance à la musique contemporaine, en utilisant la géographie du domaine : concerts dans la cour, la forêt, sur les terrasses, déambulations musicales dans le château et les jardins. Nous avons même proposé des spectacles avec des saxophonistes suspendus dans les arbres !
Comment est né ce festival ?
En 2010, j’avais donné à Berlin un concert où figurait la musique de Pascal Dusapin. Jean d’Haussonville, alors nommé directeur du domaine de Chambord, y assistait. Ma vision pluridisciplinaire l’a intéressé et il m’a proposé de participer à cette aventure. En quinze ans, nous avons accueilli des artistes très différents, de jeunes pianistes encore peu connus comme Adam Laloum à l’époque, jusqu’à des figures majeures telles que Jordi Savall.

Pourquoi cette quinzième édition est-elle plus resserrée ?
Le contexte financier est compliqué et venir jusqu’à Chambord représente un coût important : on n’y vient pas en métro ! Le château accueille aussi désormais de nombreux événements culturels, alors que quand nous avons commencé il y a quinze ans, il ne s’y passait quasiment rien. Cette année, nous avons choisi huit concerts au lieu de treize ou quatorze, tout en augmentant la jauge.
Quelle est votre relation personnelle avec ce lieu ?
Je l’avais découvert comme touriste dans les années 2000. Depuis quinze ans, l’émerveillement reste intact. Vivre des après-concerts dans le château illuminé mais désert, entouré de cette forêt… Il y a ce château fou avec ses 365 cheminées, et ces histoires de fantômes bienveillants. On y ressent un silence très profond, comme si toute activité humaine avait disparu. C’est un lieu presque mystique !
Vous donnez un récital Philip Glass à Chambord le 5 juillet. Comment avez-vous découvert sa musique ?
J’ai commencé à jouer cette musique il y a une dizaine d’années. J’ai enregistré trois disques, ainsi qu’un album pour deux pianos avec Willem Latchoumia autour du « minimalisme ». C’est une musique épurée mais très intense, qui résonne fortement en moi comme chez le public. Elle paraît simple mais elle est beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air. Plus je la joue, plus j’y prends plaisir, et son impact sur les auditeurs est très fort : elle a un pouvoir addictif ! J’ai eu envie d’enregistrer les vingt Études parce qu’il existe dans cette œuvre une véritable radicalité. Le disque a reçu de nombreuses récompenses et Philip Glass lui-même l’a adoubé. J’ai reçu beaucoup de messages de personnes profondément émues. Je crois qu’en France, le regard porté sur ce compositeur a changé ces dernières années.
La programmation fait-elle partie intégrante de votre activité musicale ?
Oui. Depuis la pandémie, j’ai développé cette activité avec le Musée des impressionnismes de Giverny, dans un cadre plus intime, puis avec La Folle Journée*. Je pense que les artistes doivent devenir acteurs de leur avenir culturel, et lutter contre les préjugés selon lesquels la musique classique serait réservée aux spécialistes ou que la culture coûterait nécessairement cher. Nous avons besoin de prendre position. J’aime penser que je fais partie d’un écosystème qu’il faut protéger, renouveler et inventer.
* Vanessa Wagner vient d’être nommée, pour quelques éditions, « artiste associée » de La Folle Journée de Nantes.
Festival de Chambord, du 4 au 11 juillet 2026.
Information et réservation : https://www.chambord.org/fr/festival-de-chambord-2026/







