Le 14 avril, un coup de tonnerre a retenti à Paris : Olivier Nora, patron des éditions Grasset, a été licencié brutalement, indignement par Vincent Bolloré. Par voie de presse. Jusqu’à présent, les éditions Grasset gardaient une parfaite indépendance éditoriale, grâce à Olivier Nora et son équipe, Christophe Bataille, Charles Dantzig, Bernard-Henri Levy, Jean-Paul Enthoven, Chloé Deschamps, Jean-Marc Levent, Joaquim Schnerf, et tous les autres, vaillants. Olivier Nora depuis l’année 2000, date de son arrivée, a multiplié les succès, des prix Renaudot à la pelle (Frédéric Beigbeder, Virginie Despentes, Yann Moix, Olivier Guez, Simon Liberati, Gaël Faye, Adélaïde de Clermont-Tonnerre), des prix Femina (Simon Liberati, Léonora Miano, Claudie Hunzinger), des succès de librairie, et une défense par ailleurs d’auteurs plus confidentiels, auxquels il savait être fidèle. Olivier Nora a mené Grasset d’une main de maître, entre idée cosmopolite du monde et attachement inconditionnel à la France des Lumières. Un mensch, un vrai ; un démocrate, un vrai ; un amoureux des lettres, un vrai. L’élégance, la retenue, une distinction toute aristocratique le caractérisaient, l’inverse du grand argentier. Il manquera. Il y a eu un Grasset moins fréquentable, notamment celui de Bernard Grasset pendant la Seconde Guerre mondiale, qui publia les collaborateurs Fernand de Brinon ou encore Jacques Doriot et Abel Bonnard. Vincent Bolloré souhaite renouer visiblement avec ce passé de Grasset moins glorieux. Il a cassé Fayard ; il casse Grasset ; il reste Stock, J.C. Lattès, Calmann-Lévy, mais pour combien de temps encore ?

Vincent Bolloré vire Olivier Nora des éditions Grasset : la fin d’un monde







