Le ballet salue le printemps avec Joy et L’Amour sorcier, pour crier Hurry up, we’re dreaming avec, entre autres, Alexander Ekman.

Le printemps libère certaines énergies, et tout le monde enfile les escarpins ! Dans Joy, l’ensemble du Ballet de l’Opéra de Bordeaux, hommes inclus, se présente en talons aiguilles, non loin de la quatrième position en langage classique, ni sans lever le bras gauche en direction du ciel. Où soudain une manifestation de joie revêtit une certaine force revendicatrice. Et tout le monde de danser pieds nus sur un sol parsemé de chaussures beiges. Pour peu, on se croirait presque chez Pina Bausch. Mais la scène est l’œuvre d’Alexander Ekman. Le Suédois a l’habitude de créer des pièces pour les plus grands ensembles de ballet et leur apporter par la danse une profonde joie de vivre. Pas étonnant que cette pièce si ludique donne son nom à l’ensemble de trois pièces réunies à l’Opéra de Bordeaux dans un programme qui salue le printemps telle une récompense après la traversée de l’hiver. Pour parler ballets et nature, le sacrifice de l’élue dans le Sacre du printemps a ouvert la voie à la joie. En avril, Nijinski n’est plus de saison. Ekman oui, et ce surtout depuis une mémorable excursion à l’Opéra de Paris où il créa l’inoubliable Play avec ses milliers de balles vertes qui envahissent le plateau. Depuis Mats Ek et Ana Laguna, la Suède n’a pas rencontré meilleur ambassadeur chorégraphique. Réimaginé sur mesure à Bordeaux, Joy se danse sous l’enseigne de l’humour, d’un arbre vert pétant et d’un dessin en néon représentant un flamand rose. Une rave, une fête du désir pour des dizaines d’Eve et d’Adam qui s’emparent du Paradis.

Continuons à rêver. La seconde entrée au répertoire bordelais concerne une pièce créée à l’origine pour le San Francisco Ballet. Car dans le monde du ballet, les plus belles œuvres ne cessent de se réincarner d’un continent à l’autre. Le chorégraphe Justin Peck est américain et a aussi chorégraphié pour le cinéma. Spielberg, par exemple, avec West Side Story. Sans doute faut-il être américain pour appeler une pièce Hurry up, we’re dreaming. Ici les danseurs sont en baskets. Sur la musique électronique du groupe français M83, qui selon Peck colle parfaitement avec l’ambiance de San Francisco, l’énergie est aérienne, jazzy et street dance. Le thème est le rêve. Sans verser dans l’onirologie, Peck demande : Comment rêvons-nous ? Peut-être en ce langage où le côté aérien est soudainement pris à contre-pied par les sneakers dans un équilibre parfait entre terre et ciel. Mais au Ballet de Bordeaux, pas de programme composé sans une belle création mondiale. Difficile de savoir à l’avance comment les chorégraphes Iratxe Ansa et Igor Bacovich – une Basque et un Italien – vont s’emparer de L’Amour Sorcier de Manuel de Falla, ce ballet pantomime qui était à l’origine une « gitanerie musicale ». La matière est riche, les mouvements composés par le natif de Cadix suggérant une « danse de la frayeur », un « cercle magique », une « danse rituelle du feu » et autres « romance du pêcheur ». Implantés à Madrid, Ansa et Bacovich appellent leur compagnie et leur approche chorégraphique Metamorphosis. Leur Amour sorcier fera le lien entre Joy et Hurry up… On a hâte.

Joy, Alexander Ekman, Iratxe Ansa / Igor Bacovich et Justin Peck, Opéra de Bordeaux. Du 22 au 30 avril