L’évènement Art Basel Paris qui se tiendra à Paris au Grand Palais du 23 au 25 octobre prochain, ne doit pas occulter cette évidence : pendant cette extraordinaire célébration de l’art, les galeries n’abaissent pas leurs rideaux. Bien au contraire. Leurs espaces accueillent de passionnantes propositions à découvrir en parallèle. Voici nos douze éblouissements.

Jacques Villeglé
Hôtel de Tallard – Rue Pastourelle
1981
Affiches lacérées marouflées sur toile
130 x 97 cm
©Aurélien Mole ; Courtesy Galerie GP & N Vallois

Hors du temps, l’art ? Faux procès : jetez seulement un œil aux galeries participant à Art Basel Paris. Car, pendant la foire, « les travaux continuent » :  les expos se poursuivent dans les murs de Perrotin, Obadia et compagnie. Prouvant que les artistes sont plongés dans le temps jusqu’au cou. Celui de la création (Tacita Dean et Bruce Nauman chez Marian Goodman), celui de la catastrophe et de la ruine (Anthony Caro chez Templon), celui, encore, de l’histoire de l’art : ici, l’avant-garde au Minotaure ; là, rendre justice à une artiste femme, Lee Krasner chez Gagosian ; ailleurs, voyez Oscar Murillo, chez Zwirner, élargir la notion d’auteur, ailleurs encore, chez Yves Zlotowski, une Vera Molnár pré-ordinateur. Sans oublier la durée de la métamorphose, celle des corps (Magnus Plessen chez Lelong), celle des images (affiches lacérées de Villeglé chez Georges-Philippe et Nathalie Vallois, travail d’Annika Elisabeth von Hausswolff sur des images préexistantes chez Andréhn-Schiptjenko). De toute façon, l’art est affaire de désir – c’est lui qui, comme dans les sculptures érotiques de Wang Keping (Obadia) ou les œuvres de Tracey Emin (White Cube), fait battre le cœur, seule horloge digne de ce nom.

Des expositions en galeries qui brillent donc par leur qualité et leurs grands noms, figures établies ou historiques faisant vibrer tout autant le premier que le second marché. Car les temps incertains d’un monde en turbulences suffocantes imposent le retour rassurant des valeurs sûres et semblent favoriser la tenue d’une exigence dans les accrochages qui, parfois, a pu être oubliée, dans les moments euphoriques et plus faciles du tout spéculatif, paraissant aujourd’hui bien lointains. Les collectionneurs sont attentifs, les choix plus réfléchis, les œuvres doivent donc correspondre à des attentes précises, un peu plus loin des modes, un peu plus proches de l’art. Un marché qui trie sur le volet. L’enthousiasme est conséquent, les prix aussi. Dans cet élan, certaines figures féminines occultées sont réhabilitées et leur cote soudain explosive. Les expositions de ces galeries auront bien sûr, pour certaines, leurs échos sur la foire. Dans un Paris qui a retrouvé une solide aura artistique internationale, on profitera de cette intense semaine de l’art en attendant des lendemains culturels dont on ne sait de quoi ils seront faits. Mais l’art résiste toujours. La preuve ici. JC et DA.

La suite de cet entretien dans le N°201 de Transfuge

Tracey Emin, I will miss you Yesterday – I will miss you Today – I will miss you Tomorrow – And that’s how it will Always be, 2025 Acrylique sur toile.
30.8 x 30.8 x 2.3 cm. © Tracey Emin. Tous droits réservés, DACS 2026. Photo © White Cube (Eva Herzog).