Chez Bonhams-Cornette de Saint-Cyr, une exposition-vente rend hommage à Louis Cane. De la pure abstraction à la statuette décorative, ses œuvres font le grand écart et voient la vie en bleu.

« Mon père est allé au bout des fantasmes créatifs qu’il pouvait avoir » confie Florence Baile, la fille de l’artiste Louis Cane auquel la maison d’enchères Bonhams Cornette de Saint-Cyr consacre une exposition-vente pendant la Semaine de l’art parisienne. Une vingtaine de pièces triées sur le volet éclairent la diversité des médiums que ce représentant du mouvement Supports/Surfaces a pu utiliser. « Cette exposition est une manière de montrer une autre facette de son travail. Il était peintre mais aussi sculpteur et designer de mobilier et d’arts décoratifs, ce que l’on sait peut-être moins » poursuit sa fille qui a entrepris de préserver et valoriser l’œuvre de son père disparu brutalement d’un accident cardiaque en 2024 à l’âge de 80 ans. « La veille encore il avait travaillé toute la journée » se souvient-elle. Les ateliers de bronze et de bois de la rue Saint-Maur à Paris tournent toujours, envahis de pièces en tout genre, prolongeant l’œuvre de l’artiste et la circulation des idées qui y palpitaient. L’artiste avait internalisé l’ensemble de sa production pour avoir une plus grande liberté. Car Louis Cane, ce n’est pas juste la toile libre et radicalement déconstruite de Supports/Surfaces, ce groupe d’artistes qui se sont employé à sortir la peinture de son cadre conventionnel à la fin des années 1960. Louis Cane c’est avant tout une pensée de l’objet. L’objet peinture d’abord, ramené à ses constituants élémentaires que sont le support et le matériau pauvre. Il impose d’ailleurs ses réflexions analytiques en publiant des textes décisifs dans Peinture, cahiers théoriques patronnée par la revue Tel Quel où il défend une peinture débarrassée de la notion de représentation et d’illusionnisme. De là sortiront ses fameux Sol/Mur du début des années 1960 et ses toiles découpées et pliées des années 1970. L’exposition en présente de beaux exemplaires rayonnant de bleus à la manière de « tableaux-fenêtres » s’ouvrant sur l’horizon. Natif de Beaulieu-sur-Mer, Louis Cane aimait cet intense bleu méditerranéen qui constitue le fil de cette exposition. Le bleu des Primitifs italiens, du lapis-lazuli, ce bleu au sein duquel il créait puisqu’il avait aussi des ateliers à Villefranche-sur-Mer. L’objet peinture ce sont aussi ses résines sur grillage des années 2010 où les taches de bleus et de violet s’agglomèrent et se diluent dans un effet de transmutation. Et puis il y a l’objet décoratif, aussi ludique que cette petite Ménine – inspirée de Vélasquez – à la robe bleue en terre cuite vernissée ou ces lunettes de plongée en bronze, verre et métal fixées sur un socle. Dans les œuvres emblématiques du mobilier se trouve la commode Françoise, entièrement laquée de bleu avec d’élégants piètements en bronze. Et dans les raretés, un sac à main en crocodile ornée d’une frise en bronze représentant les rois mages. Plus récent, un tapis de laine et soie traversé par le signe X s’inspire de ses premiers tamponnages de toiles des années 1960. Cette œuvre posthume réalisée en 2025 poursuit l’œuvre de Louis Cane, ici designer, qui n’était sans doute pas contre la réédition ou la fidèle réinterprétation de ses œuvres. La revalorisation de Louis Cane est en marche.

Louis Cane, le bleu, matières vives, du 19 au 23 octobre, Bonhams-Cornette de Saint-Cyr, 6 avenue Hoche, bonhams.com