Peu à peu, la vérité émerge. Des images, des histoires que nous avions imaginées dans nos cauchemars apparaissent. Dire que les monstres du Hamas ont perpétré, à travers leur opération Déluge d’al-Aqsa, un massacre le 7 octobre 2023, un pogrom, un crime vraisemblablement contre l’humanité, ne suffit pas. Dorénavant, il nous faut des récits. Il nous faudra un grand documentaire à portée internationale, comme celui, magistral, de Claude Lanzmann, Shoah, pour rendre compte de la réalité monstrueuse de ce jour noir. Il faudra aussi un nouveau procès de Nuremberg des hauts dignitaires du Hamas restant, pour que justice soit rendue. Mais en attendant, il nous faut des récits factuels : ceux des soldats de Tsahal, de membres du Mossad, et bien évidemment de témoins directs des exactions commises. Il existe ce rapport de quatre cents pages qui documente les exactions, tortures, viols, enlèvements, mises à mort. Mais il ne suffit pas. Alors ce récit qui vient de paraître aux États-Unis, de Rachel Goldberg-Polin, When We See You Again, numéro un des ventes du New York Times en catégorie non-fiction, ouvre ce travail colossal à venir. A quand une traduction alors que le livre est déjà traduit en anglais et en allemand ? Le livre est un témoignage extrêmement poignant, raconté par une mère qui a perdu son fils. Son fils s’appelle Hersh Goldberg-Polin, et il a été assassiné à 23 ans, dans les tunnels de Gaza, le 31 août 2024, avec cinq autres otages (on les appelle en Israël les six Magnifiques !) après 330 jours de captivité. Ce jeune homme était né à Berkeley, en Californie, puis sa famille, alors qu’il était encore très jeune, avait décidé de s’installer en Israël, à Jérusalem. Sa mère le décrit comme un garçon gentil et passionné, notamment de géographie : sa chambre était recouverte de cartes et de globes, et il lisait avec grand intérêt le magazine National Geographic. Hersh était impliqué dans la vie politique de son pays, participant activement à un programme visant à rapprocher des enfants israéliens et des enfants palestiniens autour du football. Le 7 octobre 2023, Hersh se rend au festival de musique Nova avec son grand ami Aner pour y fêter son anniversaire. Alors que les monstres du Hamas achèvent leur basse besogne en massacrant 370 jeunes insouciants et joyeux, Hersh parvient à se cacher dans un abri antimissiles, non loin de là. Mais les monstres du Hamas jettent dans l’abri quelques grenades, et Hersh, héroïquement, décide d’en rejeter une à l’extérieur ; elle lui explose hélas dans la main ; il perd son bras gauche, arraché. Sa mère reçoit deux SMS qui seront les derniers de son fils : « Je t’aime. » « Je suis désolé. » Puis c’est l’enfer des tunnels : torture, absence d’eau, de nourriture, de soins médicaux dont il avait besoin. Comme les nazis exécutaient les Juifs avant l’arrivée des Russes en 1944 pour éviter tout témoignage des horreurs commises, les monstres du Hamas, alors que les troupes israéliennes arrivaient pour les libérer, exécutèrent Hersh et les cinq autres otages, tués à bout portant, sous la ville de Rafah.

Le livre est passionnant car il raconte aussi le combat de Rachel et de son mari Jon pendant onze mois pour récupérer leur fils : les rumeurs, les espoirs, les désespoirs, les colères, les abattements. Et l’après : comment se reconstruit-on après la mort d’un fils ?

La fin du livre est bouleversante. C’est une lettre du père au fils mort. Il se souvient du bonheur qui le traversait lorsqu’au dîner de Shabbat venait le moment de la Birkat Habanim, la bénédiction des enfants. Comme le veut la tradition juive, il lui posait les deux mains sur la tête et lui disait : « Que Dieu te fasse comme Éphraïm et Manassé » (dans l’objectif d’une fratrie heureuse). Puis la bénédiction sacerdotale : « Que l’Éternel te bénisse et te garde. Que l’Éternel fasse briller Sa face sur toi et te soit favorable. Que l’Éternel tourne Sa face vers toi et t’accorde la paix. » Dieu ne semble pas avoir entendu, et le père pleure son fils. Bring them home : Hersh GoldbergPolin ne sera pas rentré à la maison.