Le Théâtre du Châtelet s’apprête à surprendre avec la deuxième édition du festival « Les Folies musicales ». Pendant cinq jours, cette manifestation bouscule les codes et les pratiques du concert traditionnel.

Porté par l’impulsion d’Olivier Py, directeur du Châtelet, le festival revendique une ambition claire : faire du classique un terrain d’expérimentation vivant. Il s’inscrit pleinement dans l’ADN du lieu, celui d’un théâtre populaire, ouvert à tous. Ici, le répertoire ne se fige pas dans la tradition. Il circule, se réinvente, se transforme en danse, en performance, en théâtre, intégrant image et texte pour une expérience toujours incarnée. De Bach à la création contemporaine, le festival abolit les frontières temporelles et géographiques afin de faire dialoguer les œuvres. Mais cette liberté de programmation n’est qu’un point de départ : ce sont surtout les formats qui se métamorphosent. Le concert devient une expérience immersive, où l’écoute s’accompagne d’un regard renouvelé. Le spectateur n’est plus seulement auditeur ; il est invité à entrer dans la musique, à en éprouver les tensions et les résonances. Cette volonté de décloisonnement passe aussi par des croisements et télescopages audacieux : Erik Satie conduit à John Cage ; les univers de Franz Liszt et de Franz Kafka se répondent dans un jeu de correspondances entre musique et littérature ; le baroque se voit revisité à l’aune de la French Touch. Autant de propositions qui redessinent les contours de l’écoute.
Au cœur de ces Folies, l’Orchestre de Chambre de Paris assure l’ouverture et la clôture du festival. Le concert inaugural met à l’honneur le violoniste indien Lakshminarayana Subramaniam, qui interprète deux de ses œuvres, Tribute to Bach et Paris Concerto, en regard de pièces de Bach et de Mendelssohn. Le concert de clôture, dirigé par Barbara Dragan, est intitulé « Berlioz Trip », et mêle des extraits de la Symphonie fantastique, des textes des Mémoires du compositeur et une performance scéniqueà la fois jouée et filmée, dans un dispositif lumineux original. Selon la cheffe, Berlioz, « en pensant en images, en théâtre, en hallucinations, n’a pas écrit de musique, mais a décrit des symptômes ; c’est plus proche d’une désagrégation organisée, quelque chose de très construit mais instable ». Pour elle, la musique de Berlioz est déjà du théâtre. C’est une affaire de présence, de tension, de transformation. « Il n’a pas besoin d’aide, mais de complices », poursuit-elle, posant une question centrale : « Qui est prêt à aller aussi loin que la musique elle-même ? » Alors, ce concert sera-t-il à la hauteur de l’hallucination berliozienne ?
À travers cette programmation, le festival esquisse une autre manière d’aborder le classique, plus directe, plus incarnée, et résolument partagée. Une manière, surtout, de rappeler que ce répertoire demeure un espace de création en perpétuel mouvement, vivant et accessible à tous.
Les Folies musicalesau Théâtre du Châtelet, du 6 au 11 mai. Infos et réservation : https://www.chatelet.com/programmation/25-26/folies-musicales/







