Le concert d’ouverture des Folies Musicales a offert une rareté au public : un dialogue entre l’Orchestre de Chambre de Paris et le violoniste indien culte, L. Subramaniam.

Dans son formidable prochain livre, La Onzième heure, recueil de nouvelles autour de la mort, et de la question de la vengeance, Salman Rushdie décrit l’atmosphère des concerts classiques en Inde : commentaires, applaudissements sur la musique, exclamations, sifflements, encouragements les ponctuent, rendant par comparaison le concert occidental d’une sobriété toute calviniste. Et bien mercredi 6 mai, à l’ouverture des Folies Musicales, il était possible de constater ce contraste entre le public indien et le public français, puisque le concert, intitulé Tribute to Bach by Subramaniam réunissait l’orchestre de chambre de Paris et le violoniste indien virtuose et cultissime Lakshminarayana Subramaniam. Ancien enfant prodige devenu la figure mondiale du violon indien, est aussi compositeur, et il nous présentait là deux de ses compositions, un Hommage à Bach en ouverture du concert, et, en clôture, un Paris concerto pour violon indien et orchestre qui a emporté toute la salle. Entre les deux, le Concerto pour hautbois de Bach et la sublime Ecossaise de Felix Mendelssohn porté par un Orchestre de Chambre de Paris et son chef, le bondissant Gabor Takacs-Nagy, en pleine forme. Alors, entre les compositions indiennes et les partitions patrimoniales, avons-nous assisté à un choc des cultures ? Non, plutôt un dialogue, avec ses surprises, ses richesses, ses décalages aussi. Certains en furent ravis, d’autres dépaysés, et quelques-uns franchement désarçonnés. Car le public était multiple : les habituels mélomanes étaient présents, en orchestre et au premier rang, un certain nombre de jeunes aussi attirés par le programme original et par l’accessibilité des prix, et une partie de la salle que l’on a entendra un peu plus, des couples, bandes, et familles originaires d’Inde, venus spécialement pour l’occasion, se levant par instants lors du concerto final, et acclamant avec force Subramaniam dès qu’il entrait sur scène. Il faut dire que le violoniste ne manque pas de charisme : à 79 ans, il déploie un art spectaculaire de virtuosité en ponctuant ses créations par des morceaux de bravoure, qui font la saveur de sa composition.
La première saveur de ce concert fut donc l’interprétation précise et délicate de l’Ecossaise, véritable voyage en pays étranger pour Mendelssohn qui raconte là, dans trois différents mouvements aux couleurs contrastées et sophistiquées, jusqu’à un final virevoltant, son entrée en terre inconnue, dans ce pays sauvage, hautement fantasmatique, que fut l’Ecosse pour les artistes du XIXème siècle. Puis, à la fin, ce Paris Concerto qui venait répondre à Mendelssohn, non dans la sophistication, la musique de Subramaniam est incomparablement plus simple, mais dans son art du décalage. Fondée sur le dialogue violon/ percussion, et sur un jeu de répétitions, ce concerto appelle à danser, dans une forme de joyeuse transe. Sur scène, Gabor Takacs-Nagy sautillait, se ployait, se pliait, ainsi que certains violons qui se balançaient. Et bien sûr, une partie du public accompagnait la musique d’un joyeux enthousiasme. D’autres ne comprenaient pas bien le lien avec Bach, revendiqué par le compositeur. Enfin, la rencontre était là, et donnait le ton d’un festival qui cherche à insuffler au concert classique, une nouvelle atmosphère.
Les Folies Musicales, Théâtre du Châtelet, jusqu’au 11 mai. Plus d’infos sur www.chatelet.com







