Pour la première production de la saison, l’Opéra de Dijon propose La Cenerentola de Rossini. Nil Venditti tiendra la baguette pour cette production mise en scène par Mirabelle et Philippine Ordinaire. Rencontre avec la jeune cheffe.
La Cenerentola est le dernier opéra bouffe de Rossini. Quel est votre rapport au compositeur ?
Rossini, c’est mon homme ! Nous nous connaissons depuis longtemps, et très bien. J’irais même jusqu’à dire que, avec Puccini et Verdi, il est pour moi comme un deuxième père. C’est un compositeur extraordinaire : sa musique paraît si simple, et pourtant elle saisit parfaitement la culture italienne, avec toutes ses qualités et tous ses défauts. C’est drôle, oui, mais c’est aussi tragique, et c’est ce que j’aime. Ce n’est pas du tout un oxymore : c’est exactement ainsi que va la vie.
La Cenerentola s’inspire de Cendrillon de Perrault, mais la bonne fée devient un philosophe, la pantoufle de verre un bracelet, et il n’y a ni carrosse ni citrouille. Les sœurs Ordinaire proposent en outre une lecture inspirée de l’univers de Lewis Carroll. Comment interprétez-vous ces transformations ?
Je vois plutôt cela comme un défi. Cenerentola peut-elle encore être Cenerentola sans les éléments qui l’ont rendue si célèbre : la pantoufle de verre, le carrosse, le coup de minuit ? Tout se résume-t-il à cela ? De quoi parle vraiment cette histoire ? C’est la question que pose Rossini et, au bout du compte, il y apporte une réponse : oui, elle le peut ! L’histoire fonctionne parce que son véritable sujet est la bonté et, dans le cas de notre production, la découverte de soi et de sa propre identité.
Vous affirmez avoir une forte affinité avec le répertoire classique et celui du début du romantisme, auquel appartient Rossini. Qu’est-ce qui vous attire dans ce répertoire ?
Cette musique me parle. Je n’ai pas besoin d’y réfléchir, elle me parle tout simplement, et elle a beaucoup de choses à dire. Je perçois les émotions des compositeurs, j’entends leurs sentiments et, dans cette musique qui, en principe, n’est pas descriptive, je vois le monde entier : un rire, un sourire, une rupture, la perte d’un ami, un flirt avec quelqu’un qu’on aime.
Qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans le travail avec les chanteurs ?
Ce qui compte avant tout, c’est le drame théâtral, et tout doit être à son service : la musique, par l’orchestre, et la voix, par les chanteurs. Nous utilisons nos outils, au premier rang desquels la voix, pour donner vie à cet univers et trouver notre place en son sein. C’est ce que je recherche lorsque je travaille avec les chanteurs.
Vous avez déjà dirigé de nombreux orchestres en Europe et jusqu’au Japon. Avez-vous remarqué des particularités propres aux orchestres français ?
Absolument ! Les orchestres français ont une capacité extraordinaire à savourer chaque détail, un flair particulier pour chaque passage. Ce que d’autres orchestres jouent presque machinalement, un orchestre français va le jouer d’une manière que vous n’avez encore jamais entendue. Ils prennent plaisir à une progression d’accords, à un gruppetto, à une phrase, voire à une phrase à l’intérieur d’une phrase. Je pense que cela fait partie de la culture française : le parfum, l’élégance, la mode, la gastronomie… Au fond, tout cela n’est-il pas une question de plaisir ?
La Cenerentola de Rossini, sous la direction de Nil Venditti, mise en scène de Mirabelle Ordinaire, scénographie de Philippine Ordinaire. Auditorium de Dijon, du 4 au 10 novembre.
Informations et réservations : https://opera-dijon.fr/









