La Cité de l’architecture et du patrimoine accueille cet automne quatre merveilleuses expositions de François Morellet à Gilles Perraudin. Une journée au musée.

Vous n’aurez sans doute pas manqué l’hommage rendu à travers la France à l’incontournable François Morellet. À l’occasion des 100 ans de sa naissance, une profusion d’expositions met à l’honneur un pan de son travail : des néons au musée d’Art et d’Histoire de Cholet, sa ville natale, des installations au château de Versailles, des œuvres adhésives au Frac des Pays de la Loire, tandis que le Centre Pompidou-Metz organise une rétrospective. La Cité de l’architecture participe elle aussi à cet événement 100 % Morellet en présentant un ensemble d’œuvres en lien avec l’architecture. Ces sculptures, photographies et maquettes soulignent l’humour de l’artiste. Car s’il s’est vite fait remarquer par son style rigoureux et abstrait, ce qui le caractérise est sans doute sa capacité à y glisser espièglerie et liberté. Ses formes géométriques élémentaires, le carré, la ligne et la courbe, se parent d’une couleur franche, caractéristique d’une époque où le plastique, la peinture industrielle et la publicité recouvrent peu à peu la ville et la vie. Mais les formes rigoureuses vacillent. Les plans tombent, les lignes vibrent. Ainsi, lorsque le FNAC (Fonds national d’art contemporain) lui commande en 1989 une sculpture pour l’esplanade de son bâtiment implanté à La Défense, il réalise la copie en acier de sa structure qui s’engouffre dans le béton. Et la nomme La Défonce. Pour la gare de Chinon, il redessine au néon les lignes horizontales et verticales de la façade, mais à l’oblique, comme si là encore elle chutait. Le monde glisse, se décale, s’incline. François Morellet s’amuse avec les règles, avec les chiffres, avec la ville.
Pour comprendre cet artiste, il faut un instant revenir à sa biographie. L’homme n’a aucune formation artistique, ce qui peut lui apporter cette liberté. Parallèlement à sa carrière d’artiste, il dirige l’usine de jouets familiale de 1948 à 1975, autre élément qui n’est sans doute pas anodin. En 1950, il découvre au musée d’Art de São Paulo, au Brésil, la rétrospective de Max Bill, architecte, peintre et théoricien de l’art concret, et tombe dans l’abstraction. Mais une autre rencontre marquera son travail : celle du couple Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp. Il décide alors d’intégrer le hasard comme principe majeur en créant des œuvres fondées sur des nombres aléatoires trouvés dans l’annuaire. Le style Morellet est né. À la Cité de l’architecture, trois grandes sculptures jouent avec les moulages d’architecture, tandis que des reproductions et maquettes de ses installations architecturales côtoient les maquettes à l’étage.
Les suaves déconstructions de Kennedy Yanko
D’autres rencontres fortuites se jouent à la Cité de l’architecture. Le commissaire d’exposition Matthieu Poirier a invité deux artistes d’horizons très différents à dialoguer avec les collections. L’Américaine Kennedy Yanko, actuellement exposée à la Biennale de Venise, puise ses matériaux dans des casses automobiles. Elle les fusionne ensuite, à bras-le-corps, avec de suaves peaux de peinture. La brillance de l’acier malmené rencontre les drapés délicats de la peinture mate. « J’aime jouer avec la perception. Est-ce léger ou lourd, rigide ou mou ? Je suis très inspirée par les surréalistes et leur jeu autour des apparences », explique l’artiste, de passage à Paris pour installer son exposition dans l’autre aile des moulages, avec vue sur la tour Eiffel. Les formes s’envolent ou, au contraire, semblent s’affaisser sous le poids de la force gravitationnelle, à l’image des sculptures et des architectures qui entourent ses œuvres étrangement séduisantes. Car elles sont tout à la fois inquiétantes et attirantes, telle la forme chaotique de sa sculpture s’apparentant à une araignée. Mais rien n’est ici figuratif. « L’abstraction me permet de retranscrire des moments, des émotions, des expériences corporelles, sans passer par la narration », précise-t-elle.
La suite de cet entretien dans le N°202 de Transfuge
François Morellet, Traits d’esprit
Kennedy Yanko, Ce qui nous rassemble
Ma Kelu, Le souffle et le vide
Atelier Architecture Perraudin, L’Architecture, c’est fait pour rendre heureux !
Jusqu’au 3 janvier.
Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris.
www.citedelarchitecture.fr









