Après le concert d’ouverture, le 13 septembre, le festival Via Aeterna se déroule durant deux week-ends. Les concerts sont placés sous le signe des frontières, où la diversité et la porosité culturelles constituent un fil conducteur.

Les 26 et 27 septembre semblaient placées sous les étoiles d’Orient, puisque la chanson traditionnelle populaire de Kabylie, le tambour taïko du Japon, le chant soufi et maronite, ainsi que les civilisations anciennes du désert du Moyen-Orient étaient au rendez-vous. Chacun de ces éléments est associé, juxtaposé ou assimilé à la culture musicale occidentale du Nord et du Sud.

Ainsi, la soprano Amel Brahim-Djelloul chantait des chants féminins recueillis en Kabylie : berceuse, musique pour la fête et le mariage, mélodie pour exprimer la douleur d’une mère ayant perdu son fils… Brahim-Djelloul explorait, lui, tantôt sa voix lyrique, tantôt les techniques populaires, notamment les micro-intervalles et les oscillations de notes, accompagnée par un ensemble d’instruments traditionnels et de cordes. Le concert, entièrement sonorisé, prend des allures de fête populaire : le public frappait dans ses mains, certains chantaient avec les artistes et, si l’espace et le temps l’avaient permis, le concert aurait également été une occasion de danser !

Même succès pour la soirée « Saga des peuples sans armure » proposée par le chœur Mikrokosmos et Paris Taïko Ensemble, à l’ancien haras d’Avranches. La mise en scène spatialisée de Loïc Pierre, fondateur et directeur de Mikrokosmos, a fait alterner les partitions chorales et de brèves séquences de grands tambours japonais qui ont fait littéralement vibrer la terre par leur puissance. Là encore, les mêmes chanteurs ont fait entendre des voix lyriques et des voix de gorge, parfois très serrées, à travers un programme essentiellement construit autour d’œuvres du compositeur estonien Veljo Tormis et de Tulga Yesilaltay, musicien d’origine turque et fondateur de Paris Taïko Ensemble. Le caractère mystique du spectacle, notamment lors des processions de chanteurs parmi les spectateurs, apportait une certaine spiritualité et a crée un véritable temps suspendu.

Changement de lieu et d’ambiance dans l’abbaye romane de La Lucerne, un ancien monastère fondé au XIIe siècle. Ici, l’ensemble a cappella De Caelis, spécialisé dans la musique médiévale, s’associait à la chanteuse Alia Sellami, qui maîtrise elle aussi le chant lyrique, le chant arabe et l’improvisation. Le programme, « Les Thébaïdes, spiritualité du désert », évoquait le désert de Thèbes, refuge des premiers chrétiens. Le chant médiéval du monastère de Las Huelgas, le chant soufi et le chant chrétien d’Orient se succèdèrent ou s’entremêlèrent dans une atmosphère à la fois de dépouillement et d’exubérance qui invitait à une profonde introspection.

Et pour terminer ce premier week-end en toute beauté, l’ensemble Correspondances et Sébastien Daucé proposèrent « Une Couronne de roses », qui retraça la vie de Jésus à partir de musique sacrée de Marc-Antoine Charpentier. L’élégance de partitions, toujours gracieuses même dans les expressions les plus douloureuses, se conjuguait avec celle des chanteurs, dont les voix célestes forçaient l’admiration.

D’un univers à l’autre, Via Aeterna fait ainsi de la rencontre des traditions une véritable expérience musicale, où les frontières semblent moins séparer que rapprocher les cultures.

Via Aeterna, jusqu’au 4 octobre.

Parmi les prochains concerts : Quatuor Girard à Val-Couesnon et à Saint-Pair-sur-Mer ; Quatuor de clarinettes Hanches Hantées à Granville ; Les Apaches ! et Éric Genovèse de la Comédie Française à Avranches.

Infos et réservations : https://via-aeterna.musiquesetfestivals.com