À l’occasion du Festival de Chambord, la célèbre demeure de François Ier accueille à nouveau mélomanes et festivaliers, tout en leur ouvrant des espaces habituellement fermés au public pour les concerts Château en musique.
La température baisse à peine lorsqu’une cinquantaine de curieux gravit le fameux double escalier pour rejoindre la terrasse, d’où l’on contemple une vue hors norme sur les forêts de Sologne. Un second escalier, cette fois étroit et abrupt, mène aux combles du château, exceptionnellement accessibles pour l’occasion. Dans cet espace dominé par une cheminée monumentale aux pierres brutes, le clarinettiste Raphaël Sévère et le violoncelliste Xavier Phillips interprètent des œuvres de Beethoven et de Poulenc (écrites pour clarinette et basson mais transcrites ici pour clarinette et violoncelle) ainsi que Disco Toccata, pièce contemporaine et rythmique de Guillaume Connesson.
Après la première œuvre, Raphaël Sévère, ruisselant sous les toits dépourvus d’ouverture, glisse avec humour : « Ce soir, je ne suis pas le seul à transpirer ! » Ainsi débute Château en musique, une soirée privilégiée pour quelques happy few, où trois groupes de musiciens jouent chacun un programme de vingt-cinq minutes, répété trois fois dans différentes salles du château et dans le bosquet du jardin à la française. Une déambulation douce et libre dans ce vaste vaisseau d’ordinaire envahi de visiteurs. Les spectateurs composent leur propre parcours parmi trois programmes répartis en cinq lieux — notre duo se produit également à la chapelle et au jardin — autant dire que le choix est délicat.
On poursuit la soirée dans la Salle des Illustres, ancienne « chambre » d’un logis de courtisan du XVIe siècle. Les murs, ornés de portraits légèrement assombris par le temps, évoquent les anciens hôtes du lieu : Louis XIV, Stanislas Leszczynski, Catherine Opalinska… Là, Lorraine Campet révèle une facette méconnue de la contrebasse : celle d’un instrument chantant. Soutenue avec finesse par Nathanaël Gouin au piano, elle met en valeur le lyrisme des cordes graves. Après un lied de Schubert d’un romantisme profond, elle enchaîne des mélodies de Mozart revisitées par Beethoven et de Rossini arrangées par Paganini, n’hésitant pas à s’aventurer dans des tessitures aiguës dignes d’un violon. La Révélation soliste instrumentale des Victoires de la musique classique 2025 démontre ainsi l’infinie palette de la contrebasse, loin de son rôle habituel de soutien harmonique.
Pour conclure la soirée, direction la cour royale pour un récital de harpe par Anja Linder. La harpiste joue un instrument unique au monde : un prototype dont les pédales ont été remplacées par un système électro-pneumatique actionné par un dispositif placé dans la bouche. Victime d’un grave accident en 2001, elle a perdu ses jambes. Refusant d’abandonner son instrument, elle conçoit, avec l’aide de la lutherie et de l’ingénierie, la harpe qu’elle joue depuis plus de vingt ans. Avant le concert, elle partage cette aventure hors du commun avec le public, qui lui offre une ovation debout après des pièces de Satie, de Tárrega (transcription d’une œuvre pour guitare) et du harpiste du XIXe siècle John Thomas. En remerciement, elle interprète La Tartine de beurre de Mozart avec une légèreté souriante.
Festival de Chambord, jusqu’au 11 juillet.
Information et réservation : https://www.chambord.org/fr/festival-de-chambord-2026/







