Opéra ample et saisissant de Benjamin Britten, Billy Budd, adapté d’une nouvelle de Melville, nous mène sur un bateau où le beau marin Billy Budd est adoré, puis accusé à tort et condamné à mort. Révélant une société cruelle face à une figure angélique, l’opéra permet à Richard Brunel, metteur en scène, de monter l’oeuvre pour la première fois, à l’Opéra de Lyon, qu’il dirige. Rencontre.
En 2024, vous avez créé un très beau Wozzeck, dans ce même opéra de Lyon. Déjà il s’agissait d’un individu broyé par la société, et d’un opéra du XXe siècle. Est-ce dans la continuité, que vous êtes arrivés à l’idée de monter aujourd’hui Billy Budd ?
Billy Budd est la première œuvre que j’ai vu à l’opéra à Paris, à 22 ans, à la fin des années 90 : je venais de m’installer en ville, j’ai vraiment eu un choc lié à la musique et à la force de l’histoire. J’avais vu jusque-là des opéras du XIXème, ou plus anciens, mais aucun du XXème. Je connaissais le texte de Melville, mais pas le livret de Britten qui n’est pas la même chose : dans le livre de Melville, il y a l’idée d’un procès du capitaine, a posteriori, alors que dans l’opéra, il n’y a pas de procès, mais un homme qui se souvient de ce qui a eu lieu. Dans l’opéra, il y a une structure narrative qui repart dans le passé. L’histoire se déploie sous nos yeux, et puis ensuite on revient dans le présent. Britten ne trahit pas l’œuvre de Melville. L’autre chose qui m’a plu, c’est que j’ai fait le constat que Billy Budd n’avait jamais été joué à Lyon. C’est complexe, il y a beaucoup de monde, un grand chœur d’hommes, beaucoup de solistes. C’est un défi budgétaire, mais sur le plan musical, c’est une œuvre extraordinaire.
Pourquoi la musique s’avère-t-elle particulièrement riche dans cette œuvre ?
Britten est extrêmement doué pour mettre en théâtre la force de la musique qui se met au service des situations, des personnages. IL y a des personnages emblématiques, jusqu’aux plus petits, jusqu’au novice. Il arrive à enchevêtrer tout un tas de parcours individuels dans un agencement collectif.
Billy Budd a d’abord été un opéra de 4 actes, et ça a été un échec, ensuite Britten a resséré, en deux actes, a supprimé un long discours, et c’est ainsi qu’il est joué. Ce qui est très beau aussi, c’est la personne de Billy Budd Il a une capacité à rassembler autour de lui tout ce bateau. Billy Budd est le seul bègue de l’opéra. « C’est le seul défaut qu’il a » est-il dit dans l’opéra. Il bégaie à des moments dramatiques de l’opéra, et cela entre dans la musique. Et pusi enfin, au cœur de la musique, y a toute cette question de l’individu face à une société.
Comment faites-vous vivre cette question de l’injustice dans la mise en scène ?
Je pars du principe que le capitaine Vere parle à des juges, et s’ensuite une grande reconstitution, On retrouve le capitaine Vere avec le corps de Billy, avec ce fardeau dont il ne sait que faire. Je ne veux pas du tout faire une mise en scène naturaliste, replonger le public dans un univers du XVIIIème, avec un bateau fixe. Le théâtre va reconstruire des fragments de bateau. Dans la cage de scène, il y a beaucoup d’éléments communs au bateau : le pont, le plateau, les passerelles, les drisses. Tout le monde est sur le bateau, la scène devient le bateau. Avec notre scénographe, Stephan Zimmerli, on a choisi de faire disparaître les coulisses, on a mis les tambours de la machinerie sur scène. Parmi les chanteurs, on a des techniciens qui agissent. Les costumes sont intemporels, mais l’idée est de rendre la hiérarchie très claire. IL y a beaucoup de violence dans la musique. Au début, dans le chœur, il y a de grandes vagues, il y a une grande machine de servitude humaine, on le sent dans la musique. On entend les coups de fouet, Britten a écrit la brutalité, il faut la faire voir.
Hier, je travaillais sur une scène où la mutinerie peut avoir lieu : je me demande si on ne peut pas aller plus loin dans le mouvement, si on ne peut pas être plus brutal. La musique demeure très ouverte, on peut faire des choix, sur le plan du sens, et des mouvements. Raconter l’histoire de cette communauté, dans laquelle l’individu n’a pas sa place. L’enjeu de la mise en scène, est de faire vivre le plan du collectif, du chœur, et les histoires individuelles.

Billy Budd ® Jean-Louis Fernandez
Comment le baryton américain Sean Michael Plumb va-t-il incarner Billy Budd ?
Je ne le connaissais pas. Il est très solaire. J’essaie de travailler avec lui sur une forme d’humilité, de simplicité, qu’il soit là sans être trop actif. Travailler sur l’empathie naturelle de celui qui essaie d’endiguer sur la violence.
Billy Budd, de Benjamin Britten, direction musicale Finnegan Downie Dear, mise en scène Richard Brunel, Opéra de Lyon, du 21 mars au 4 avril.










