Avec Billie, James Erskine brosse, à partir d’archives visuelles et sonores inédites, un portrait enivrant et flamboyant de la diva du jazz.


Billie 
commence comme une enquête : au début des années 1970, une journaliste, une certaine Linda Kuehl, entreprend d’écrire une biographie sur Billie Holiday, décédée en 1959 à l’âge de quarante-quatre ans. Pour ce faire, elle rencontre ceux qui ont connu et fréquenté celle qu’on surnomme aussi Lady Day : amis d’enfance, amants, producteurs, proxénètes, avocats ou musiciens tels que Tony Bennett, Count Basie, Artie Shaw ou Sarah Vaughan. Mais Linda Kuehl ne les a pas seulement rencontrés, elle a également enregistré les conversations sur des cassettes audios lesquelles, retrouvées miraculeusement par le réalisateur James Erskine, constituent le soubassement de Billie. En creux, le film brosse aussi le portrait d’une autre femme, une journaliste, blanche, disparue dans des circonstances obscures, portrait qui fait écho à la vie tourmentée et secrète de Billie Holiday.

Aux extraits chantés, où retentit la voix languissante et vibrante de la chanteuse, se mêlent d’autres voix, comme surgies d’outre-tombe, voix graves et voluptueuses qui racontent Billie sur le ton de l’admiration, de la plaisanterie ou du tragique. Aussi, loin de se livrer à une description minutieuse et exhaustive de la vie de l’artiste, le réalisateur privilégie une approche sensuelle et incarnée, à même de dévoiler les différentes facettes de la personnalité solaire et éruptive de Lady Day. Cette sensualité se déploie dans l’entrelacement bruissant des voix et des sons de l’époque, dans la monstration des gestes et expressions propres à Billie, mais également dans l’agilité des mouvements de caméra et dans la fluidité d’un montage qui affleure l’image et caresse les corps. En outre, le travail discret mais remarquable de colorisation de certaines archives effectué par l’artiste Marina Amaral contribue à rendre tangible, palpable – en un mot, vivant – le corps volcanique de l’interprète de Strange Fruit.

Il apparaît que ce travail de synesthésies, faisant correspondre l’ouïe et le toucher, était le plus adéquat pour rendre justice à ce que fut véritablement Billie Holiday, une femme noire issue des quartiers pauvres de Philadelphie mettant en scène sa vie dans ses chansons, persécutée parce qu’elle entendait mener sa vie comme elle le voulait, libre et affranchie des conventions sociales. Une femme dont les nombreuses injustices qu’elle a subies (ségrégation, racisme, misogynie, viol, prostitution) n’ont eu pour conséquence que de nourrir un appétit de vivre encore plus immense et débordant, mêlé d’un désespoir incommensurable.

Billie de James Erskine, avec Billie Holiday, sortie le 30 septembre, L’Atelier distribution.

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