Orsay Live dévoile Frissons, une installation numérique immersive d’Adrien M qui sera ponctuée de performances musicales et dansées, signées notamment Jann Gallois.

Qu’éveille Renoir chez un des artistes les plus délicats de la sphère numérique ? Légèreté, sensualité et joie. C’est du moins la sensation que l’on peut avoir dans cette installation d’Adrien M qu’il dévoile cette semaine au public, en miroir des deux expositions consacrées à Renoir au Musée d’Orsay, « Renoir et l’amour » et « Dessins de Renoir ». On se souvient de la si poétique installation « Amour » à la Philharmonie, qui nous avait permis de pénétrer dans cet univers de lumière, de musique et de sensations que cet informaticien de formation sait faire naître dans ses installations. À Orsay, nous sommes dans une salle méconnue du grand public, haute salle de réception richement décorée, très marquée second empire, et agrémentée de sept immenses miroirs. Au centre, l’artiste a installé un grand tapis rond. Avant de commencer, nous sommes invités à ôter nos chaussures et à « tenter l’expérience ». C’est-à-dire danser. Ou plutôt livrer son mouvement aux jeux de lumières, de couleurs, d’espaces qui naissent au fur et à mesure de la création d’Adrien M. Tour à tour aquatiques, célestes ou évanescentes, les formes qui surgissent au sol, au plafond, mais aussi dans ces fameux immenses miroirs nous emportent dans un monde parallèle, féerique, profondément apaisant. C’est là tout le secret de Frissons : créer en très peu de temps cette sensation de légèreté, presque d’enfance, que l’on peut ressentir à la vue d’un tableau de Renoir. Nous sommes, comme chez le peintre, propulsés dans un système harmonique qui tend à la joie, comme d’autres tendent à la pensée ou à la mélancolie. L’artiste, présent, nous explique d’ailleurs qu’il assume désormais d’œuvrer dans « la douceur », et d’en faire même une forme de revendication. Le public ne s’y trompe pas, qui très vite se met à danser au centre du tapis, observant avec un amusement non feint les formes s’enrouler ou se dérouler au gré de leurs pas. À observer ces femmes et ces hommes tournoyer au cœur de ces lumières et de cette musique fondée sur les sens, il est tentant d’imaginer ce que des danseuses comme Jann Gallois ou Danielle Allouma — qui toutes deux s’empareront de l’univers d’Adrien M dans cette même salle bientôt — feront de ces formes, de cette atmosphère cosmique qui semble tour à tour reproduire une pluie d’été, un océan, un brasier. Ce n’est pas un hasard qu’Adrien M me confie après le spectacle avoir filmé les nuages qui filaient au-dessus de chez lui dans la Drôme pour l’un de ses tableaux mouvants. Nous sommes dans ce lieu du fugace et du merveilleux. Une heureuse variation offerte au public par Orsay Live, qui ne finit pas de nous surprendre.


Frissons d’Adrien M, Orsay Live, du 12 au 24 mai. Plus d’infos sur https://www.musee-orsay.fr/fr/programme/agenda/orsay-en-scene-et-rencontres