Le temps d’une fenêtre brisée, d’un coup de feu, Renée Nicole Good se tait. Il est des évènements dont on croit qu’une société démocratique ne se remettra pas. La mort d’une femme tuée à bout portant en plein milieu d’une rue calme, sous les yeux de son enfant, devait être de cet ordre-là. Mais la société américaine semble s’en remettre. N’est-elle donc plus une démocratie ? Car qu’est-ce qu’une démocratie, sinon la défense collective de l’innocent parmi nous ? Renée Nicole Good est morte. ICE l’a tuée le 7 janvier 2026. Et l’Amérique demeure debout. Un fou à sa tête.
Elle était poétesse. Cela n’ajoute rien au prix de sa vie. La vie d’un artiste ne vaudra jamais plus que la vie de qui que ce soit. Demeure cependant une voix. Ecoutons-là, écoutons cette Amérique que des hommes masqués visent à bout portant dans les rues de Minneapolis et d’ailleurs. C’est un poème qui circule de Renée Nicole Good et que j’ai pris la liberté de traduire :
Apprendre à disséquer des embryons de cochons
Je veux retrouver mon rocking-chair
Les soliloques des couchers de soleils
Et la jungle côtière résonne comme les tercets des cigales et les pentamètres de pattes poilues de cafards.
J’ai donné mes bibles au marché aux puces
(Les ai broyées dans un sac plastique grâce à l’acide d’une lampe d’Himalaya, les bibles post-baptistes, les bibles arrachées aux illuminés du coin de la rue, le genre facile et parasite)
Je me souviens de l’odeur du caoutchouc luisant sur les images scintillantes de mon cahier de biologie, ils brûlaient les poils de mes narines,
Et le sel et l’encre qui s’effaçaient de mes paumes
Sous les interférences de la lune à 2h45 du matin, j’apprends et répète :
Ribosome
Endoplasmique
Acide lactique
Etamine
A l’IHOP au coin de Powers et Stetson Hills
J’ai répété et bachoté jusqu’à ce que ça se niche quelque-part, je ne sais où, peut-être dans mes entrailles,
Peut-être ce recoin entre mon pancréas et mon intestin grêle abrite le ruisseau de mon âme.
C’est la gomme avec laquelle j’efface tout désormais : les arêtes et les éclats du savoir qui autrefois siégeait en moi, et passait une serviette sur mon front fiévreux,
Est-ce que je peux laisser les deux coexister ? La foi inconstante et la science universitaire qui ricane au fond de la classe
Maintenant, je ne peux plus croire
Que la bible et le Coran et le Bhagavad Gîtâ laissent glisser leurs longs cheveux derrière mes oreilles et me soufflent comme ma mère me le murmurait autrefois, « laisse place au miracle »
Tout ce que je comprends de la vie, qui coule du menton à la poitrine, pourrait être résumé ainsi :
La vie est simplement
Un ovule et du sperme
Et tous deux se rencontrent
Et combien de fois, et comment,
Jusqu’à ce que mort s’ensuive
Ce poème de Renée Nicole Good mérite sans doute mieux que ma traduction (sans IA). Je vous invite à le lire en anglais. Il nous livre la voix ténue et persistante de cette jeune poétesse, son cheminement intérieur, affirmant sa liberté de foi. L’on devine qu’elle vient de la Bible belt, cette Amérique ultra-religieuse des anti-avortements et autres, et qu’elle s’en éloigne, par la science, et la littérature. Ce poème est bouleversant, parce qu’il est le peuple que Trump et les MAGA veulent mettre à bas : celle de l’individu pensant. Ce poème nous rappelle l’enjeu fondamental de ce qui se joue là-bas : la persistance d’une démocratie libre.
Il est temps d’entendre les mots de Renée Nicole Good.







