Alors que leur pays souffre au cours de cet hiver sous les bombes, la cheffe d’orchestre et le pianiste ukrainiens faisaient leurs débuts à la Philharmonie de Paris avec l’Ondif. Un concert émouvant et puissant.
Le public parisien découvre ainsi l’une des cheffes d’orchestre les plus actives du moment. Directrice musicale du Teatro Comunale de Bologne depuis 2022, Oksana Lyniv s’est illustrée en 2021 en devenant la première femme à diriger au Festival de Bayreuth. Ce soir, dès les premières mesures, elle impose une direction d’une précision d’orfèvre, capable de faire sonner l’Orchestre national d’Île-de-France avec une intensité toujours maîtrisée. Elle séduit par la richesse expressive obtenue, entre énergie et élégance, sans jamais forcer le discours.
À ses côtés, le pianiste Illia Ovcharenko, 25 ans, également ukrainien. Il entretient un lien étroit avec la France à travers le Festival d’Auvers-sur-Oise et son label Discauvers. Dans le Concerto n° 23 de Mozart, il déploie une sonorité gracieuse et cristalline, et son jeu aérien, nourrissant un dialogue fluide et attentif avec l’orchestre.
Le programme « Ombres et lumière » s’ouvre sur Let There Be Light de Bohdana Frolyak, compositrice ukrainienne née en 1968, donnée ici en création française. Écrite entre 2022 et 2023, l’œuvre fait émerger, à partir de masses sonores sombres, un violoncelle et un violon solo lumineux, esquissant une lueur d’espoir au cœur de la catastrophe. La Quatrième Symphonie de Tchaïkovski conclut la soirée dans une célébration de la vie, où Lyniv fait cohabiter avec intelligence dynamisme explosif et intériorité propre à Tchaïkovski. Sous sa baguette, la musique avance, quoi qu’il arrive, portée par un élan irrépressible.
« Ombres et lumière » par Orchestre national d’Île-de-France. Oksana Lyniv, direction ; Illia Ovcharenko, piano. 13 janvier 2026 Grande salle Pierre Boulez, Philharmonie de Paris.












