Dans le cadre de la 12e Biennale de quatuors à cordes, le Quatuor Béla a donné un concert rassemblant des œuvres américaines de courants marginaux.
Fort de sa maîtrise des musiques des XXe et XXIe siècles, le Quatuor Béla est idéal pour défendre un programme difficilement envisageable pour un autre ensemble. Une musique américaine qui n’appartient à aucun courant précis, si ce n’est des tentatives ponctuelles en musique répétitive ou de l’atonalité, comme Structure de Morton Feldman ou le Quatuor à cordes n° 1 de Ruth Crawford Seeger. Des œuvres qui n’en demeurent pas moins profondément personnelles, comme le soulignait Frédéric Aurier en introduction.
Les huit pièces, d’une durée allant de quatre à quatorze minutes, composent ce soir un véritable patchwork d’une Amérique aux multiples visages, d’une écriture néoclassique — Two Studies on Ancient Greek Scales de Harry Partch — à l’esthétique très segmentée de Cat O’ Nine Tails de John Zorn. Dans cette dernière, l’idée de mosaïque s’impose : des fragments de tous styles et de tous genres de l’histoire de la musique — choral, tango, chanson, musique de film, références mozartiennes ou bouléziennes — se succèdent en séquences de quelques mesures à peine. Un véritable zapping musical.
L’interprétation, intensément investie, révèle les secrets de ces partitions encore largement méconnues, et l’effet est jubilatoire. Le concert permet également de découvrir le Quatuor n° 1 de Moondog, compositeur non voyant dont de nombreuses œuvres, notées en braille, restent à ce jour non transcrites. Preuve, s’il en fallait, que la musique dite classique recèle encore bien des trésors, que la passion de musiciens tels que ceux du Quatuor Béla contribue à faire entendre et partager.
Par Quatuor Béla, 13 janvier à l’Amphithéâtre de la Cité de la Musique. La Biennale des Quatuors se poursuit jusqu’au 18 janvier.












