Après un premier roman remarqué autour de Jean Genet, Rémi David signe avec Prélude à la goutte d’eau un récit d’anticipation saisissant. Dans une France de 2050 ravagée par la canicule, il tisse avec habileté les destins croisés d’une assistante juridique guinéenne et d’une avocate déterminée, toutes deux engagées dans une bataille judiciaire contre un magnat sans scrupules. Un livre haletant, porté par une indignation lucide et une vraie tendresse pour ses personnages.
Le coup d’essai romanesque de Rémi David avait imposé un conteur alerte. Dans Mourir avant que d’apparaître, le talentueux débutant s’illustrait en mettant en scène une rencontre marquante à Paris : celle entre Abdallah, jeune acrobate algérien confié par sa mère au cirque Pinder, et Jean Genet, le récidiviste incorrigible et écrivain mémorable. Le premier allait devenir la figure centrale du Funambule, paru en 1958. Prélude à une goutte d’eau, son nouveau livre, le montre encore plus ambitieux et talentueux.
Nous voici cette fois transportés dans le futur. La France de 2050 compose comme elle peut avec la canicule. Dix ans plus tôt, le pays permettait aux étudiants étrangers de céder un rein pour bénéficier d’un riche apprentissage… Plusieurs personnages vont ici se croiser. Assistante juridique, Samira a d’abord été collaboratrice dans un cabinet spécialisé dans les droits de la nature, avant de se battre aux côtés d’une avocate opiniâtre, Meryem Cherkaoui. Toutes deux ont dans leur viseur les activités d’un certain Erik Dolmont. Un homme d’affaires médiatique et arrogant, à la tête de la Dolmont Corporation et de la fondation Dolco. Quelqu’un qui pratique sans vergogne « l’humanisme sans humanité ». Pour l’heure, Dolmont a attiré l’attention sur lui en capturant un iceberg — le L213B —, tracté sur des milliers de kilomètres depuis l’Atlantique jusqu’à Cherbourg avant d’être revendu à prix d’or. Ce qui a donné à Meryem et à Samira l’idée de s’emparer d’un vide juridique et de l’attaquer en justice pour exploitation illicite de ressources naturelles.
Rémi David assemble petit à petit les pièces de son puzzle, tout en creusant l’histoire de ses protagonistes. Il plonge dans les failles et les mensonges du trouble Erik Dolmont, mais aussi dans le passé tourmenté de Samira, née en Guinée, dont elle s’est évadée après la prise de pouvoir des militaires et l’assassinat de ses parents, sans aucune forme de procès, alors qu’elle avait dix-sept ans — la contraignant à fuir et à trouver un premier refuge au Maroc. On s’attachera aussi à Antoine, un temps le petit ami de Samira : un jeune barman dont le manque d’ambition accable son père, un garçon qui avoue faire confiance à « sa bonne étoile, aux hasards, à la chance, à l’intuition et aux manchots ». Prélude à la goutte d’eau permet encore de se transporter en 2060, dans un temps où la crise climatique ne s’est pas arrangée et où la Scandinavie, et surtout la Suède, est devenue « pour la douceur de son climat, la nouvelle Côte d’Azur des grandes fortunes européennes »…
Clin d’œil : Rémi David a emprunté le titre de son roman à un morceau de Chopin composé à Majorque pendant une pluie diluvienne. Le monde de demain qu’il décrit si bien dans ses pages haletantes et touchantes fait froid dans le dos. Sauvé peut-être par des hommes et des femmes qui n’ont pas renoncé à lutter et à résister, avec les moyens dont ils disposent, face à l’inacceptable.
Rémi David, Prélude à la goutte d’eau, Gallimard, 318 pages, 22 euros.











