J'ai prison verre avec QUENTIN DOLMAIRE

Par Antoine du Jeu
le Mardi 08 Janvier 2019

verre avecPhoto Laura Stevens

C'était, avec Lou-Roy Lecollinet, sa partenaire dans Trois souvenirs de ma jeunesse, la révélation de 2015. Comme Jean-Pierre Léaud, pour citer un illustre grand-frère, il s'est imposé dès son premier rôle comme une valeur sûre du cinéma français. Il partage avec lui une gouaille intemporelle, à la fois surannée et pourtant toujours en prise avec l'époque. Mais voilà, trois années se sont écoulées et Quentin Dolmaire, vingt-quatre ans maintenant, a peu donné de nouvelles depuis.

C'est donc avec un plaisir évident que je le retrouve dans un café à Châtelet pour parler d'Un violent désir de bonheur, premier film fulgurant de Clément Schneider dans lequel il tient le rôle principal. Le récit se déroule en 1792 alors que le pays est ébranlé par la Révolution française. Lui campe Gabriel, un jeune moine dont le monastère est réquisitionné par les forces républicaines. Pas vraiment préoccupé par les aspirations révolutionnaires au départ, il laisse peu à peu tomber la tonsure au contact des soldats et d'une Marianne noire et mutique. Jusque-là pas grand-chose à voir avec Trois souvenirs donc... Mais pourtant : dans les deux films, Quentin s'affirme par la parole et s'en sert pour persuader et se persuader. Il confirme la similitude même s'il y avait aussi pour lui « une vraie découverte du corps dans le film. Avant je me tenais de la même façon quand je jouais et dans la vie. » Il confesse, tout en riant, être une « bille en cinéma d'auteur avant Desplechin », plus fasciné par « les amerloques qui se transforment ». Son visage s'illumine quand il aborde les différences de jeu : « en France, ta façon de jouer devient ton identité alors que ça n'est pas la même chose à la base. Aux Etats-Unis, les stars sont plutôt des caméléons. J'ai ce fantasme d'un jour fabriquer un personnage dans le moindre détail. » Mais s'il revient sans cesse à la place que le cinéma peut ou non offrir aux acteurs, se corrigeant pour mieux préciser sa pensée, son premier choc esthétique vient de la musique. Plus particulièrement du metal : 

« je ne suis pas punk dans l'âme. On croit que le metal est une musique qui veut tout casser mais il est fait par de très bons musiciens qui connaissent bien leurs gammes ». Lui-même a joué, un temps, dans un groupe de hardcore . « On a fait un concert dans les champs mais on avait pas le même accordage, on était ivre ». Qu'il s'intéresse aussi à la manière dont s'expriment Foucault ou Lacan n'étonne guère. Leur recherche du mot juste n'est pas si éloignée de celle des grands comédiens : « quand tu regardes une interview de Mastroianni ou de Jean-Pierre Marielle, ils ont un côté philosophe, ils s'accrochent aux mots. » Le titre d'un de ses prochains films que j'attends avec impatience est ainsi tout trouvé : Synonymes. Pour Nadav Lapid, l'un des cinéastes les plus importants de ces dernières années, il interprète un jeune écrivain parisien. Belle façon de décliner et perpétuer ce travail sur la langue.

Retour | Haut de page | Imprimer cette page