« Il y a encore pas mal de dingues à New York »

Par Philippe Nicol
le Mercredi 30 Janvier 2019

cristal

Voilà le film rafraîchissant de ce début d'année, Skate Kitchen, signé Crystal Moselle. Ou l'histoire de jeunes filles skateuses à New York.

Après le succès de son documentaire The Wolfpack , sélectionné à Sundance, Crystal Moselle revient avec une première fiction sur le skate, Skate Kitchen. On suit la trajectoire d'une jeune fille solitaire de New York, Camille, éprise de liberté, qui va intégrer ce groupe de skateuses appelé Skate Kitchen. Si ce film initiatique est une fiction, il n'en reste pas moins que le rapport au réel est très fort puisque les actrices sont toutes des amatrices, de vraies skateuses et que le film s'inspire très largement de leurs vies. Il y a par ailleurs de belles trouvailles de scénario comme la mise en abyme remarquable où l'on suit l'histoire des personnages à travers leur Instagram. Skate Kitchen est d'ores et déjà à classer dans les films importants qui ont été tourné sur le skate, les bons Trashin' (1986), Skate Rider (1989), Kids (1995), l'ovni Haggard (2003), le bizarroïde Skate or Die (2007) et l'incroyable Les Seigneurs de Dogtown (2005). Rencontre. 

New York est un personnage à part entière de votre film, non ? 

Oui, mon environnement m'influence beaucoup, et en tant qu'habitante de New York, je m'inspire de cette ville, tout naturellement. Je cherche toujours à dénicher des personnages originaux, atypiques, et New York est une ville particulièrement propice à cela. Il y a encore pas mal de dingues ici... 

Vous avez réalisé un court métrage pour Miu Miu, intitulé That One Day, où vous avez connu les filles du groupe Skate Kitchen. Est-ce donc ce court métrage qui vous a motivée pour faire ce long ? 

Oui. Au départ, j'étais partie pour plutôt réaliser un documentaire sur ce groupe de filles, the Skate Kitchen. Mais une fois que j'ai appris à les connaître un peu mieux, j'ai décidé de faire une fiction, mais inspirée de leurs vies réelles. En fait, J'avais envie de passer à la fiction ! 

A-t-il été facile de jouer avec des actrices non professionnelles ? 

Oui, à partir du moment où j'ai eu à faire à des filles vraiment très ouvertes d'esprit. Aucune d'elles ne s'est jamais braquée. Et pourtant je les ai poussées en tant que personnage le plus loin possible. Car même si les personnages existent vraiment, les actrices doivent apporter quelque chose de plus à leurs propres personnages. Sincèrement, mon travail de direction d'acteurs a été un vrai plaisir. 

Des films de skate vous-ont-ils inspirée ? 

Non pas vraiment, mais un film sur des ados à Varsovie la nuit, All These Sleepless Nights. Le réalisateur, Michal Marczak, a une vision du cinéma, entre docu et fiction, qui m'a beaucoup inspirée. Je me suis dit en voyant ce film qu'il fallait que j'utilise toutes mes tripes et tout mon coeur, qu'il ne fallait pas que je me bride. Qu'il ne fallait pas que je me soucie trop de savoir si je devais rentrer dans des cadres, mais juste faire les choses simplement et à ma façon. 

Quand on repense au Kids de Larry Clark, un film de 1995, où l'on voit le machisme du monde du skate de l'époque, on prend conscience en voyant votre film des changements de moeurs. Les personnages masculins de votre film sont plus tolérants, et les filles très émancipées... 

Oh vous savez au départ, c'était juste une rencontre intéressante. Je me contentais d'accompagner ce groupe de filles dans leurs vies de tous les jours. Mais c'est vrai que ce sont des filles qui décident par elles-mêmes et pour elles-mêmes de faire des choses en s'affranchissant des contraintes que la société ou leur entourage voudraient leur imposer. On n'est plus en 1995, les choses ont vraiment changé pour les jeunes filles et les femmes !

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