Scènes de la vie européenne

Tout au long du mois de mai, Chantiers d'Europe s'installe au Théâtre de la Ville : l'occasion de découvrir les artistes, danseurs, performers qui font la jeune scène européenne.
Par Dossier coordonné par Oriane Jeancourt Galignani

chantiers d'EuropeLa démocratie en actes

Le festival Chantiers d'Europe accueille des artistes de toute l'Europe pour faire voir l'émergence en théâtre, danse, performance, musique. Sans oublier des conférences de penseurs et scientifiques. Présentation.

«L'Europe des arts et des sciences », ce fut le titre de l'une des conférences du cycle qui ouvrit Chantiers d'Europe en avril. C'était un samedi et s'y réunissaient Jean Audouze, astrophysicien, d'autres scientifiques, mais aussi des artistes, comme Mélanie Levy-Thiébault, chef d'orchestre. Au centre, Emmanuel Demarcy-Mota, metteur en scène et directeur du Théâtre de la Ville, fondateur de ces Chantiers d'Europe. Il proclama sur cette scène sa volonté de « repousser les frontières», qu'elles soient physiques, en invitant toutes nationalités et disciplines au cours de ce festival, mais aussi les frontières d'âge en laissant une place forte à la jeunesse par sa Charte 18-XXI lue sur scène par des jeunes gens nés au XXIe siècle, appelant ainsi les artistes et les gens de pouvoir à « créer de nouveaux espaces de dialogue » dans l'Europe d'aujourd'hui. Il y a une invocation à la vieille utopie, pourrait-on croire, à débattre d'Europe entre artistes, chercheurs, intellectuels. Une manière de rejouer la cour de Frédéric II : nous, savants, artistes, allons vous projeter le continent éclairé que nous imaginons pour vous. L'Europe des Lumières telle qu'elle fut rêvée ensuite par Victor Hugo, et son arbre des « Etats-Unis d'Europe » planté à Guernesey, Hugo qu'Elodie Bouchez fit réentendre sur scène. Mais aussi par Camus, à la fin de son discours de Suède, tel qu'il fut lu à son tour par Abd Al Malik, à la suite de contributions d'astrophysiciens sur l'astronomie européenne, ou d'écrivains comme Jean-Claude Carrière, quelques jours plus tôt. Une Europe du partage des savoirs telle qu'elle aurait plu à Umberto Eco, dont on ne cessa de citer la fameuse assertion, « la langue de l'Europe, c'est la traduction ». Mais « L'Europe des arts et des sciences » n'est pas une reprise d'un vieux rêve d'un siècle où l'on vénérait l'empire de la Raison, mais une réalité de 2019. Cette Europe existe, elle est active, elle dialogue, son coeur battant se déplace le long du Danube, sur les rives de la Méditerranée, aux sommets des Alpes. Cette Europe vient en ce mois de mai se faire voir et entendre dans ces Chantiers d'Europe grâce aux spectacles de danse, de théâtre, de musique qui s'annoncent. Cette Europe qui est dotée de jambes pour danser, d'un visage pour jouer, d'une voix pour chanter, et d'une tête pour penser, se déploiera au coeur de Paris, notamment à l'espace Cardin, au bord des Champs-Elysées, là où une colère populaire, aussi française qu'européenne, ne cesse de se faire entendre. Alors quoi, l'Europe des arts et des sciences se retranche-t-elle dans les théâtres, loin de cette injonction du « bottom-up », fièvre populaire nourrie de cet antiélitisme et anti-intellectualisme qui trouvent de plus en plus de partisans dans l'Europe de 2019 ?

[...] 

EXTRAIT... ACHETER CE NUMÉRO

 

Retour | Haut de page | Imprimer cette page