« Le sexe peut détruire un homme »

Rencontre téléphonique avec John Rechy, l'auteur le plus scandaleux d'Amérique.
Par Vincent Jaury

Pour la première fois traduit, Numbers, deuxième roman culte de John Rechy, nous plonge dans le Griffith Park, haut lieu de la vie gay de Los Angeles. Rencontre téléphonique avec l'auteur le plus scandaleux d'Amérique. 
 

entretienLui, son truc, c'est les pipes. Les blowjobs comme on dit. Il ne faut pas lui demander autre chose : il aime se faire sucer. Ne supporte pas de voir le corps de son partenaire. N'importe quelle partie du corps du partenaire lui répugne. Il adore être désiré, que son corps entraîne désirs et spasmes de l'autre ; il adore être aimé, car être désiré pour lui c'est être aimé. Alors il s'envoie en l'air au Griffith Park, Los Angeles. Parc pour gays, légendaire dans les années soixante, soixante-dix et même après. Lui, c'est Johnny Rio, personnage principal de Numbers, à paraître ces jours-ci pour la première fois en France aux éditions Laurence Viallet. Il est le double ou presque de l'écrivain John Rechy, que nous avons eu au téléphone Oriane Jeancourt et moi, l'autre jour, pour une longue interview. Il faut entendre le rire puissant de cet homme, pour se dire qu'à 87 ans, le monsieur est en forme. Il faut croire que faire des passes pendant plus de quarante ans préserve (pardon aux féministes et autres engagés pour cet humour peu en phase avec notre époque). Ce livre, Numbers, dont nous avons fait paraître une critique dans le numéro précédent (n°121), est une bombe. Il est son deuxième roman après son best-seller paru en 1963 City of Night, encensé par Norman Mailer. Numbers : 250 pages pour un retour de 10 jours de Johnny Rio à Los Angeles dans le Griffith Park. Objectif : atteindre les 32 relations sexuelles.

Il y a très peu d'articles dans la presse sur le livre, trop radical sûrement, appartenant trop à une littérature comme expérience des limites. Vous avez donc bien fait d'acheter Transfuge. John Rechy est une légende américaine, il méritait bien six pages. 

Numbers est traduit pour la première fois en France. Est-ce que ça vous fait plaisir ? 

C'est un livre qui avait eu un peu d'attention quand il est sorti aux Etats-Unis. Et je suis ravi aujourd'hui qu'il sorte en France et qu'il reçoive de l'attention. Et que de nouvelles générations comme la vôtre soient sensibles à mon livre.

Vous avez vécu à Paris, vous avez de bons souvenirs de votre passage à Paris ? 

Mon Dieu, oui ,oui, oui. J'étais très jeune, je faisais mon service militaire à Francfort. J'avais pris de courtes vacances à Paris, et évidemment je suis tombé amoureux de Paris. J'avais très peu d'argent. Je me promenais essentiellement dans les rues. J'ai découvert que les métros ne circulaient pas toute la nuit, j'étais logé loin du centre donc je devais beaucoup marcher. Un jour, je me suis retrouvé par hasard à Saint-Germain-des-Prés. Le lieu fétiche pour moi de Jean Genet et de Jean-Paul Sartre. Je me suis retrouvé dans une rue qui était entièrement dédiée à la drague masculine. Je n'avais jamais vu une rue comme ça, en Amérique je vivais alors très à l'écart de tout et d'entrer dans la réalité. Le lendemain et les jours suivants j'y suis retourné, je ne suis plus revenu à ma base pendant quelques jours, et c'est un des plus beaux souvenirs de ma vie. Ca me touche donc beaucoup que Numbers sorte à Paris. 

Vous a-t-il été difficile d'écrire ce deuxième roman, Numbers, après le succès de votre premier roman, City of Night ?

Lorsque j'ai écrit City of Night, cela va peut-être vous étonner, mais je ne m'attendais pas du tout à un tel succès. La seule chose que j'espérais c'était d'être reconnu pour mes qualités littéraires. C'est l'inverse qui a eu lieu : les critiques ont été atroces et le succès public a été immense.

Il y a eu des articles méchants et horrifiés contre mon livre qui m'invitaient à quitter le pays. Ce que je n'ai pas fait bien sûr. Mais je me suis isolé, retiré. Ce qui a permis à plusieurs imposteurs de se faire passer pour moi ! Ce qui m'a convaincu qu'il fallait que je protège vraiment ma vie privée. A tel point qu'à l'époque je ne disais pas autour de moi que j'étais écrivain. Lorsque Numbers est paru, je suis retourné au Griffith Park, et un ami m'a dit : tiens quelqu'un a écrit un livre sur toi, qui s'appelle Numbers. J'ai dit : qui a écrit ça ? Il me répond, une histoire comme ça, ca ne peut être que toi ! (rire)

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