Artistes européens nouvelle génération

La Fondation Cartier s'engage pour l'Europe et nous invite à faire un tour du continent pour découvrir les talents artistiques les plus prometteurs. Transfuge vous fait une sélection des meilleurs d'entre eux
Par Dossier coordonné par Vincent Jaury

fondation cartier
Et si tout était possible

Tour d'horizon des jeunes artistes européens invités à la Fondation Cartier, révélation d'une inventivité et d'une réouverture du champ de l'art, salvatrice. Par Aude de Bourbon Parme

Sculpture en forme de carotte sédimentaire extraite de l'histoire de l'art, armures de sac à dos, maison abandonnée, meubles à l'esthétique épurée composés d'éléments électroniques, collage picturale monumental, jeu vidéo, peaux d'animaux peintes suspendues... Si, au delà de leur continent d'origine, l'Europe, rien ne semble à priori rapprocher les artistes exposés, des notions s'imposent à l'esprit en contemplant les oeuvres, qui tissent des liens entre ces univers particuliers. Celles d'assemblage, de collage protéiforme, de récupération d'éléments disparates, impliquant un décloisonnement et une valorisation du faire. Thomas Delamarre, commissaire de l'exposition, précise « Nous ne pouvons pas dire que cette exposition est la photographie de la création européenne. Il y a beaucoup d'autres pistes, des artistes qui travaillent sur d'autres esthétiques, les pratiques purement conceptuelles... Si nous en sommes venus à cette esthétique de la fragmentation, c'est que cela nous a particulièrement frappés dans notre première grande sélection. Pour la sélection finale de vingt et un artistes, nous avons donc dû écarter les oeuvres qui n'avaient pas trait à cela. » Si la sélection subjective et nécessairement cohérente est assumée, elle repose sur une étude attentive du sujet qu'est la création émergente en Europe. 

Pendant un an, Thomas Delamarre et son équipe sont partis à la rencontre de plus de deux cents artistes nés dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, à travers une Europe « géographique », souligne-t-il, qui s'étend jusqu'à la mer Caspienne. Pour préparer cette exploration, des villes se sont tout d'abord imposées à l'équipe. Il a fallu ensuite « scanner la scène artistique de chacune d'entre elles, les lieux indépendants, certains musées d'art contemporain, les prix pour les jeunes artistes, notamment en Europe de l'Est et suivre les recommandations des artistes et des professionnels français et des pays visités. Pour finalement rencontrer les artistes dans leurs ateliers. » Et en tirer la substantifique moelle : les oeuvres de vingt et un artistes originaires de seize pays.

Déconstruire pour assembler

Que lire derrière cette notion de fragmentation si ce n'est l'acte de déconstruire pour assembler ensuite des éléments disparates, voire jusqu'alors antagonistes. Or rappelons que cette génération est née après la chute du mur de Berlin, après le rideau de fer, dans une Europe alors plus ouverte. L'artiste grec Kostas Lambridis associe marqueterie, tissage, impression 3D, gravure sur pierre et mosaïque, faisant ainsi se rencontrer les arts décoratifs et les beaux-arts, la tradition et la technologie, les matériaux nobles et d'autres récupérés. Les sculptures en bois de l'artiste russe Evgeny Antufiev s'inspirent de la culture populaire et de la grande histoire, sans distinction hiérarchique. Le français Jonathan Vinel réalise un film à partir du jeu vidéo GTA dont la violence contraste avec la douceur et la naïveté de la voix off, une confrontation qui, pour le commissaire, rappelle « la culture pop des années 2000-2010 dans lesquelles Jonathan a grandi, Internet, les jeux vidéos et l'univers musical ». Ce décloisonnement déjà perceptible depuis quelques années dans le domaine de l'art, que ce soit avec la rencontre de la danse et des arts numériques ou de la vidéo et du théâtre, s'intensifie ici. 

Les femmes et les références extra-européennes

Thomas Delamarre y voit aussi le fruit d'un autre processus à l'oeuvre dans le domaine de l'art, celui de la revalorisation des artistes femmes et des scènes artistiques extra-européennes. Alors que les générations précédentes se sont vues inculquer une vision unique de la grande Histoire, écrite principalement par des hommes occidentaux, depuis une quinzaine d'années, « l'histoire de l'art est réécrite, créant ainsi une nouvelle géographie incluant d'autres histoires aux récits canoniques et notamment les modernistes extra-occidentaux. Nous l'avons constaté chez de nombreux artistes notamment dans l'utilisation des couleurs, et cela nous a beaucoup intéressés, chez le peintre George Rouy. » Si le jeune Britannique préfère citer l'art médiéval comme source d'inspiration, « dans son traitement des corps se lisent de multiples références au modernisme et plus particulièrement latino-américain. » La table rase n'est ainsi plus de mise, comme ce fut le cas au cours du XXe siècle. Au contraire, les artistes exposés se réfèrent au passé, que ce soient les Elemental Paintings de Robert Rauschenberg directement cités parThe Elemental Cabinet de Kostas Lambridis, Constantin Brancusi, sujet de la vidéo du Portugais Gabriel Abrantes, ou la rencontre explosive entre le pointillisme, l'abstraction, l'expressionnisme, la mythologie et l'histoire contemporaine, de la Syrie notamment, dans les peintures de Miryam Haddad.

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