Rencontre enjouée, sous un ciel d'orage de fin d'été, avec Romain Guillermic et Souheila Yacoub, qui dansent et jouent tous deux dans Climax.

Par Damien Aubel
le Lundi 17 Septembre 2018

 GUILLERMIC « Gaspar, c'est un fou »
 

Gaspar Noé est un grand modeleur. On n'oubliera pas de sitôt ce magma humain, aux mouvements pourtant réglés avec une rare précision, qui ouvre Climax. Reste que Noé n'est pas seulement un cinéaste de troupe. Filmer, pour lui, c'est capter ce je-ne-sais quoi d'irréductiblement singulier, qui fait que chaque personnage, chaque acteur, s'imprime dans nos mémoires. Comme David, par exemple, incarné par Romain Guillermic. Ou comme Lou, à qui Souheila Yacoub prête ses traits. L'un est un comédien non professionnel, danseur électro avant tout ; l'autre connaît surtout les planches, la scène théâtrale. Rencontre avec le jeune duo, qui nous répond comme ils dansaient chez Noé : avec une rare connivence.

Romain, vous venez de la danse électro. C'est quoi, pour vous?

Romain Guillermic : La danse électro est née en France, en 2007, 2008. C'était quelque chose de neuf, un nouveau langage dans lequel j'ai pu créer. Et j'ai aussi découvert une communauté – on est peu nombreux en France, 300, 400, c'est une petite famille. J'ai mon crew avec lequel on a fait le film : Taylor, Bats, Alou et Fiasco. Gaspar, c'est un passionné de danse. C'est assez drôle, d'ailleurs, la façon dont il danse (il rigole doucement). Il bouge tout son corps en même temps.

Souheila Yacoub : Il veut aller plus vite que la musique, Gaspar. Il s'emballe !

RG : Gaspar nous a pris tous les cinq on a passé l'audition ensemble. Enfin, audition, c'est un grand mot : on a parlé pendant vingt minutes, il nous a rappelés deux semaines avant le tournage, et c'était parti.

Souheila, vous avez fait vos premières armes dans le sport de très haut niveau avec l'équipe nationale suisse de gymnastique rythmique. Puis, après avoir décroché le titre de Miss Suisse romande, ça a été le théâtre, avec le même degré d'exigence : on vous a beaucoup remarquée chez Wajdi Mouawad, dans Tous des oiseaux. Comment s'est opérée la transition vers la danse ?

SY: Avec la gymnastique à haut niveau, j'avais une grande facilité à m'adapter. Mais c'était assez particulier, c'est vrai : j'arrive du théâtre, et me voilà au milieu de tous ces danseurs excentriques (elle rit). Mais ils m'ont bien intégrée ! Ils répétaient déjà la chorégraphie quand je suis arrivée. Gaspar m'a demandé d'apprendre une chorégraphie d'électro, alors que je n'en avais jamais fait...

RG : On avait une choré qu'on estimait vraiment dure, et elle l'a apprise en cinq minutes ! Et puis Gaspar est venu nous voir, nous a dit (il prend la voix un peu rocailleuse et feutrée de Noé) : « vas-y, danse avec elle, essaie de voir... »

SY : Il voulait me tester, voir si j'étais à l'aise, si je rentrais dans leur jeu.

Il y a cette scène où sous une pluie d'insultes, on pousse votre personnage à l'avortement, Souheila...

SY : Ah oui, celle-là, on l'a refaite ! (elle rit) Il m'avait fait passer une scène un peu semblable au casting. Deux jours avant le tournage, il m'a dit qu'il avait besoin d'une comédienne pour une scène un peu particulière. Il m'a montré une séquence de Possession, avec Adjani dans le couloir du métro. Mais je n'ai pas vraiment eu de préparation, il ne m'a pas dit grand-chose sur les personnages... 

[...] 

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