Kore-eda n'est pas revenu les mains vides de Cannes.

Par Frédéric Mercier
le Jeudi 13 Décembre 2018

kore eda« Les liens du sang sont-ils si importants ? » 

Kore-eda n'est pas revenu les mains vides de Cannes. Palme d'or 2018 pour Une affaire de famille, il a bien voulu répondre à nos questions


Même si d'autres films comme Burning, méritaient la Palme d'or, celle-ci couronne l'oeuvre d'un grand maître : Hirokazu Kore-eda. Une Affaire de famille, bouleversante histoire d'un clan de criminels ordinaires vivant dans une maison délabrée, a des airs de comédie douce-amère. Mais le film n'est pas sans impertinence vis-à-vis de la politique gouvernementale japonaise. Rencontre dans un hôtel parisien avec un maître souvent comparé à Ozu et qui se révèle bonhomme et drôle alors qu'il s'apprête à tourner son prochain film en France. 

Quelle est la genèse du projet ? 

J'avais fait Tel père, tel fils sur la nature des liens familiaux. Les liens du sang sont-ils si importants ? Je voulais de nouveau explorer cette thématique. Ce qui m'amusait dans ce cas précis, c'était que l'héritage soit transmis non par le sang mais par le crime. Mais j'avais aussi une image en tête : un père et un fils volent des cannes à pêche pour passer du temps ensemble. 

La grand-mère dit dans le film qu'il vaut mieux une famille sans liens de sang.

Cela signifie qu'elle a eu des attentes vis-à-vis de son fils et qu'il les a trahies. Mais ce film ne s'érige pas contre les liens du sang. Cette grand-mère y croit encore, elle n'arrive pas à se défaire de cet idéal là. Il fallait explorer toutes les facettes de cette question. 

Le contact corporel semble primer. C'est rare dans le cinéma japonais. 

Je ressens vraiment la différence culturelle, puisque je travaille en ce moment en France sur mon prochain film avec Catherine Deneuve et Juliette Binoche. Effectivement, au Japon, on ne se touche pas ou très peu. Pour ce film, j'avais envie de filmer ce contact si rare au Japon. Mes personnages sont réunis parce que justement ils en ont manqué. 

N'avez-vous pas eu de difficulté avec le décor quasi unique de cette maison?

Nous avons triché : beaucoup de plans ont été reconstitués en studio. C'est l'emplacement de la maison qui est déterminant. J'avais demandé une maison sans étages, entourée par de grandes tours à l'est de Tokyo. Dans un tel décor, même s'il y a un feu d'artifice au-dessus, il est difficile de pouvoir le regarder. Ça m'a encore inspiré une scène. 

Comment dirigez-vous les enfants ? 

Je ne donne pas de script aux enfants. Je joue beaucoup avec eux car ils sont l'élément perturbateur qui permet de donner plus de vie à une scène. 

La Palme d'or n'a pas été saluée par le Premier ministre japonais. Pourquoi?

J'avais attaqué de manières diverses sa politique. Il n'a pas dû apprécier... D'habitude il y a toujours une grande récupération par le gouvernement des honneurs faits à un Japonais à l'étranger. Je le prends de manière positive car cela signifie que ce que je dis, écris ou filme le dérange. Et c'est mon but.

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