Xavier Le Roy, tout un concept

Souvent qualifié de chorégraphe conceptuel, Xavier Le Roy s'en amuse et préfère laisser le spectateur juger de son répertoire. Le titre qu'il a choisi pour la présentation de neuf de ses pièces au CND ? This is not a concept. Une authentique réflexion sur la danse
Par Henri Guette
le Jeudi 28 Mars 2019

produitsEn une trentaine d'années, Xavier Le Roy a sans doute créé autant dans des salles d'expositions que dans des salles de spectacle. Diplômé en biologie moléculaire, il a toujours cherché à échapper aux catégories et ne s'est jamais arrêté à une seule conception de l'art ou de la danse. Les titres de ses pièces, volontiers elliptiques comme Sans titre" ou “Still untitled", évoquent une recherche en cours, des tentatives de définitions plutôt que de réelles certitudes sur sa pratique et la danse en général. Le rapport du spectateur au danseur est pour lui une préoccupation constante ; souvent le spectateur lui aussi debout, peut tourner autour de l'action voire même interagir avec le performeur et entrer dans la chorégraphie. C'était le cas lors de la performance en continue de Temporary Title (crée en 2015) qui s'est tenue six heures durant pendant deux jours mais c'est aussi ce qui caractérise Still Untitled, dernière création en date, qui peut être activée à des dates aléatoires et dans des espaces non-déterminés pour privilégier la rencontre.

Assimilé comme Jérôme Bel et Boris Charmatz à la non-danse, Xavier Le Roy n'abandonne jamais dans ses pièces la dimension corporelle de la danse, quitte à mettre les corps à nu. Toujours avec Temporary Title,il réunit dix-huit interprètes dans une expérience de dilatation du temps. Les mouvements très lents dessinent selon ces propres mots “un paysage vivant" où le corps se recompose sans cesse et joue des catégories mobiles et immobiles, des ordres minéraux et végétaux ou animaux et humains. La chorégraphie est organique ; elle s'adapte au lieu et à l'instant, à ceux qui la font et la regardent, à ceux qui l'intègrent ou cherchent à la tenir à distance. Xavier Le Roy s'intéresse à la danse comme à un événement qui peut être attendue mais peut aussi se produire au détour d'un couloir ; il investit pour cette raison l'ensemble du CND et non seulement les studios. Il en appelle au potentiel relationnel de la danse et s'intéresse à la façon dont elle nous relie les uns aux autres.

Dans le sillage de nombreux chorégraphes, Xavier Le Roy a proposé sa version du Sacre du printempset elle dit beaucoup de sa manière de travailler. Plutôt que de renouer avec les sources folkloriques ou tribales de la chorégraphie originale de Nijinskiou de travailler comme tant d'autres sur la dimension rituelle et collective de la pièce, il choisit de faire vivre seule la partition de Stravinski. Il s'intéresse aux mouvements du chef d'orchestre dans sa fosse et cherche à nous restituer l'intensité de la musique, en bande sonore.  Des gestes pratiques et fonctionnels déplacés dans le contexte de la scène deviennent spectaculaires et éclairent les différentes sonorités de l'enregistrement. Il ne s'agit pas de proposer une danse qui soit une illustration mais une danse qui se met à l'écoute, renverse le rapport à la musique et remet en cause nos attentes. Une danse qui peut répondre à des contraintes, des concepts mais qui sait aussi se faire sensible à l'expérience.

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