Le secret derrière la porte

En adaptant L'Autre fille d'Annie Ernaux, Marianne Basler fait face, avec émotions, aux fantômes du passé.
Par Mathieu Champalaune
le Vendredi 22 Mars 2019

AUTRE FILLEAu centre de la scène, une porte, seule et fermée, apparait. Elle semble dissimuler le passé et ses mystères. Dès lors, l'ouvrir pourrait déclencher des révélations difficiles à affronter. Ici, une soeur disparue, comme un double fantomatique venant se rappeler aux vivants. C'est l'histoire de l'écrivaine Annie Ernaux, qui avec L'Autre fille, adresse une lettre à sa soeur qu'elle n'a pas connue. Un secret de famille, comme il en existe d'autres, toujours tu, quiconque ne sachant comment l'aborder, préférant tenter de l'oublier. Au risque qu'il finisse par ressurgir, suscitant de nombreuses questions, telles ces feuilles de papier froissées couvrant le sol, sans réponses, emportées par le passage du temps. La comédienne Marianne Basler adapte, avec la complicité de Jean-Philippe Puymartin, ce poignant texte, marqué par l'interrogation d'un passé refoulé.

Assise à son bureau, Marianne Basler interprète l'autrice des Années, marquée par les souvenirs, y enquêtant minutieusement, anciennes photographies à l'appui, pour en tirer du sens. Le spectacle fait partager cette intense plongée dans le passé et la mémoire familiale, qui se matérialise par cette porte que l'on n'ose même entrouvrir. La peur anime cette tentative de compréhension et hante son instigatrice. S'interrogeant sur la place réservée aux vivants, elle rappelle, autant pour soi-même que pour le public, fière, que c'est bien elle qui a survécu et est devenue une femme. A l'inverse de cette soeur restée éternellement une enfant, dont la mort a provoqué tant de chagrin, et qui appartient à une autre histoire. Un inconnu dont on ne pourra percer l'entière vérité, laissant les vivants démunies, incomplets mais à même de pouvoir aller sereinement vers l'avant et refermer, au moins un moment, cette porte.

L'Autre fille. Texte d'Annie Ernaux, mise en scène : Marianne Basler et Jean-Philippe Puymartin, interprétation : Marianne Basler. Jusqu'au 6 avril au théâtre des Déchargeurs.

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