La Musica de l'enfance

La Chambre désaccordée nous plonge dans le monde doux, et délicat d'un enfant passionné de musique. Marc Lainé s'adresse à la jeunesse, et à tous, dans cette histoire d'amour, et de piano. A voir aux Abbesses.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Jeudi 18 Octobre 2018

chambre désaccordéeUn enfant qui vit pour et par la musique. Le personnage est rare au théâtre comme en littérature, il est au centre de La Chambre désaccordée de Marc Lainé. Simon, dix ans, a su « lire les notes avant de lire les lettres ». Il est un virtuose, qui prépare son premier concours de piano. Ce jeune garçon est heureux de vivre, passionnément porté par son amour de la musique. François Praud campe le personnage avec légèreté et énergie. Loin du cliché triste et compassé de l'enfant-prodige, soumis par son entourage à une pression d'adulte, Simon entretient un rapport libre, intime avec Bach, ou Chopin. L'auteur aime la musique, a grandi dans une maison où elle résonnait, il transmet ce lien intime, familier à son personnage. Le drame de La Chambre désaccordée vient d'ailleurs, du monde hors de la musique : à la nuit tombée, Simon entend ses parents se disputer. Les mois passent, les altercations se font plus violentes, radicales. L'enfant se met en tête de réussir son concours, et d'ainsi persuader ses parents de ne pas se séparer. Dans cet univers musical qu'il nous présente, Lainé choisit de faire entendre ces disputes à travers des chansons, interprétées par les comédiens, Léopoldine Hummel et Loïc Risser, qui annoncent la faillite du couple. Ecrites avec la simplicité, et le naturel justes pour un jeune public, ces chansons offrent un charme particulier à cette pièce, une grâce qui lui permet d'échapper à l'approche sociologique, ou psychologique qui l'alourdirait. Il y a dans ce théâtre musical, tout comme dans la perception délicate des relations humaines de Lainé, un brin des Chansons d'amour, et du cinéma d'Honoré. L'émotion retenue ne cesse d'affleurer, tout comme la mélancolie de ces trois personnages, parents et fils, qui se préparent à se séparer. Puisqu'il s'agit bien de cela : entrer dans l'adolescence pour l'enfant, fonder une nouvelle vie pour les parents. Des adieux nécessaires et périlleux, tout en désenchantement et tendresse. Une très belle scène avec la professeure de piano, personnage fantasque incarné aussi par Léopoldine Hummel, voit nommer cette douce tristesse qui transparait dans l'interprétation de Chopin par le jeune Simon, tout comme dans les dialogues de la pièce. La fin surprendra, et déjouera le drame. 

 La Chambre désaccordée, texte et mise en scène Marc Lainé. Jusqu'au 24 octobre aux Abbesses.

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