La folie Purcell

Quand Henry Purcell est réinventé et réinterprété, c'est King Arthur, ou la grande liberté du baroque.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Jeudi 04 Octobre 2018

king arthur

Que faire d'un opéra ancien, lacunaire, à l'intrigue tortueuse, peuplé de sirènes, de mage, d'enchanteur, exaltant des vertus nationalistes, et à l'indéniable beauté ? C'est là le défi complexe auquel s'attelle l'Ensemble BarokOpera d'Amsterdam en montant 
King Arthur sur la scène de l'Athénée, au sein du Festival Purcell de cet automne. Loin de la perfection formelle et intacte de Didon et Enée, ce semi-opéra, par son histoire, et sa destinée fragmentaire, pose un grand nombre de problèmes à ceux qui veulent le monter. Alors même qu'il recèle d'un des airs mythiques de Purcell : la fameuse Cold Song, que Klaus Nomi a rendu légendaire, et que l'on retrouvait récemment dans le spectacle de Milo Rau, voix déchirante de l'homme abandonné au froid, et à la solitude. 

 Le BarokOpera, ensemble dirigé par Frédérique Chauvet, adepte de parodies, de collages et de reprises d'oeuvres de Purcell ou Mozart, ( ils ont composé un opéra imaginaire de Purcell, Queen Mary qui sera joué du 10 au 13 octobre à l'Athénée), ne craint pas ce genre de défi : King Arthur est un semi-opéra baroque inidentifiable ? Créons une mise en scène loufoque, délurée. Usons de la liberté offerte par la partition, et ses manques, puisque King Arthurne subsiste que sous la forme de documents, parfois contradictoires, pour recomposer un tout qui s'imposerait le seul impératif de la liberté. Le BarokOpera, ses musiciens et ses chanteurs ensemble sur scène, jouent à confondre les genres, à et à réinventer l'ordre des chants de Purcell. C'est bien là la vocation de cette compagnie passionnée de musique ancienne : faire réentendre le baroque dans sa diversité, et son indéniable liberté. Le résultat ? Une farce élisabéthaine. Une rhapsodie contemporaine. Un spectacle lyrique souple, vif et drôle, où se mêlent les chansons à boire et les chants d'amour, le théâtre de tréteau, et les chants les plus délicats. Ce King Arthur devient donc une variation lyrique, jouant sur la figure d'Arthur, sur les légendes de Merlin, et sur la beauté de certains textes écrits par le poète John Dryden. L'alternance de scènes chantées, et d'autres dites, dans un anglais élisabéthain impeccable, permet d'entendre la langue claire, cristalline de Dryden. Sur un tempo impeccable, les scènes se succèdent : ici une parodie de films de fantômes. Là de la pure Comedia dell Arte. Les cinq chanteurs sur scène font preuve d'une énergie à toute épreuve, et qu'ils soient enveloppés dans une combinaison de plastique, ou surgissent de la fumée d'un coffre, ils ne perdent jamais leurs justes interprétations des chants de Purcell. La délicatesse de ce spectacle nous rappelle que le baroque gagne à être réinventée. Que le baroque, comme certaines pièces de Shakespeare, sont les lieux précis où la folie du XVIIe siècle sait faire écho à la nôtre. 

King Arthur, Henry Purcell. Direction musicale Frédérique Chauvet. Mise en scène Sybrand van der Werf avec l'Ensemble BarokOpera. Du 3 au 7 octobre, au théâtre de l'Athénée. Queen Mary, opéra imaginaire d'après Henry Purcell. Direction musicale Frédérique Chauvet. Texte et mise en scène Sybrand van der Werf avec l'Ensemble BarokOpera.

Du 10 au 13 octobre, au théâtre de l'Athénée. http://www.athenee-theatre.com/

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