L'opéra des plus jeunes

Mon premier festival d'opéra s'ouvre bientôt à l'Opéra Comique, entièrement dédié aux plus jeunes. L'occasion de découvrir le talent de la Maîtrise Populaire de l'Opéra Comique.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Samedi 02 Février 2019

myfairladyPhoto Pierre Grosbois

Il n'est sans doute pas d'âge pour s'initier à l'art lyrique, et le festival qui s'ouvre dans quelques jours à l'Opéra comique en atteste. Sur scène, la Maîtrise populaire de l'Opéra Comique, plus de cent enfants de neuf à vingt-trois ans, formée sur place à chanter, danser, future génération de chanteurs d'opéra. Ils se réapproprient cette année des oeuvres superbes, et exigeantes, du répertoire. Ainsi, Hansel et Gretel, d'Humperdinck, fameux disciple de Wagner dont c'est là le chef-d-oeuvre. La version entièrement chantée par les enfants, ici présentée dans son adaptation française, sera au coeur de la programmation du festival. Le peu que j'ai pu en voir, au cours de répétitions, annonce une délicatesse de danse, de chant, portée par une Maîtrise virtuose. La variété des visages, des corps, des interprétations ne laissent pas d'étonner. Dans le même festival, on retrouvera la Maîtrise dans Petite Balade aux enfers, adaptation destinée au jeune public de l'Orphée de Gluck,  accompagnée des marionnettes de Valérie Lesort, dont on avait tant aimé le travail avec Christian Hecq sur cette même scène pour Le Domino noir l'année dernière. 

A quelques jours de la première, je rencontre la Directrice de la Maîtrise Populaire à l'origine de ce festival, la jeune et énergique Sarah Koné. Elle nous parle dans la salle de l'Opéra, un oeil attentif et calme posé sur ses élèves qui répètent sur le plateau sa mise en scène de Gretel et Hansel. 

Pourquoi avoir choisi au coeur de Mon premier festival d'opéra, Gretel et Hansel 

Cette année, je voulais me lancer deux défis. D'abord, nous emmener plus loin dans l'opéra, emmener les enfants dans un répertoire exigeant, comme celui d'Humperdinck. Certains passages sont très wagnériens, pas faciles à chanter pour les enfants ! Et au delà du défi musical, je voulais travailler sur un conte. Quand on a des artistes enfants sur le plateau face à un public enfant dans la salle, il se passe quelque-chose d'inédit, les emmener dans un conte, dans un univers d'enfant, promet d'accentuer cela. 

Pouvez-vous nous dire un mot sur la mise en scène ? 

J'ai un parti-pris onirique : mon Gretel et Hansel a lieu en Europe de l'Est, sans époque. J'ai été sans doute très influencée par les dessins animés d'URSS qui ont bercé mon enfance, comme La Reine des neiges première version, avec la voix de Catherine Deneuve dans la traduction française. Mais il n'y a pas de four dans le conte. Je suis petite fille de déporté, je ne pouvais pas mettre un four sur scène. La sorcière a une autre manière de mourir. Mais c'est sûr que c'est un conte violent. J'ai pris le parti de faire une sorcière qui n'est pas archétypale, pour apprendre aux enfants à se méfier des sorcières qui n'ont pas l'air de sorcières....

Comment définiriez-vous la Maîtrise Populaire de l'Opéra Comique ? 

Le projet est aussi artistique que social. Nous recrutons des enfants éloignés de l'éducation musicale, qui viennent de tous milieux,  qui ne sont pas issus des conservatoires, et qui font leurs débuts artistiques avec nous. Ils découvrent la danse, le chant, le théâtre avec nous. Toute la pédagogie de la Maîtrise est fondée sur la méthode Dalcroze, méthode suisse à partir du mouvement. Ils apprennent essentiellement sur le plateau, et pas en théorie. Notre but à long terme est de renouveler les chanteurs sur les plateaux d'opéra. 

Vous avez initié à la Maîtrise le « chansigne », dont vous donnerez aussi un concert au mois de février, pouvez-vous nous en dire plus ? 

Oui, je voulais que nous nous adressions au public le plus éloigné de notre art, les sourds et malentendants. Nous avons donc appris le chansigne, et les enfants ont compris tout de suite ce nouveau langage. Etant donné que nous appliquons ici une pédagogie par le mouvement, le chansigne a été assez naturel pour eux. Et donc nous nous lançons dans un programme en entier en chansigne, pour la première fois, cette année !

Mon premier festival d'opéra :

Gretel et Hansel, d'après l'opéra Hansel et Gretel d'Engelbert Humperdinck, adaptation française d'Henri-Alexis Baatsch et Sergio Menozzi, direction et mise en scène Sarah Koné, avec la Maîtrise Populaire de l'Opéra Comique,  du 9 au 11 février, à l'Opéra Comique.

Petite Balade aux enfers, inspirée de l'oeuvre de Gluck, mise en scène et scénographie Valérie Lesort, du 13 au 17 février, à l'Opéra Comique. 

Chansons à partager, concert en chansigne, 19 février, 12 avril, 13 avril...

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