L'intrépide

C'est la dernière ce soir à Chaillot de Soulèvement, un solo chorégraphique signé Tatiana Julien. De Mylène Farmer à Deleuze, une saisissante performance, de colère, et de réflexion.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Mercredi 27 Novembre 2019

soulèvementEn une heure, Tatiana Julien nous dit d'où elle vient, qui elle est, qui elle rêve d'être, qui elle pourrait être. Et sans-doute est-ce là ce que l'on attend d'un solo de danse, un exercice d'autofiction.  Observer un danseur se livrer pendant une heure, partager ce monologue du corps qui nous est donné, relève autant de la confession que d'un espace fantasmatique qui nous est ouvert. C'est en tous cas ainsi que Tatiana Julien, formidable jeune danseuse et chorégraphe française, nous le transmet, avec une radicale sincérité. Ainsi son spectacle s'intitule Soulèvement. Il y a dans ce titre l'annonce d'un hommage à une époque passée, celle des rêves effectifs de révolution. Elle l'assume et alterne lectures de textes enregistrés d'hommes du siècle dernier- Camus, Deleuze – comme de penseurs d'aujourd'hui- Jacques Rancière, Edgar Morin- références kitsch et performances sur la techno. En effectuant cette prise en charge d'une réflexion sur la révolte, la jeune femme va chercher, tout au long du spectacle, à la transcender. Ainsi se présente-t-elle en boxeuse, et avant même le début du spectacle, lorsque l'on croise sa haute silhouette déjà présente sur scène, en peignoir sombre, la tête penchée, concentrée sur le combat à venir, l'on saisit que ce qui va se jouer sera de l'ordre du combat. Or, elle désamorce assez vite le sérieux de cette lutte, en parodiant ou honorant Mylène Farmer, sur Génération désenchantée. Le kitsch loufoque donne le ton : Tatiana Julien ne se déterminera pas entre la gravité d'une réflexion sur le soulèvement, et un jeu sur cette colère personnelle et collective. Cette incertitude, qui devient chez elle espace de liberté, se retrouve dans sa danse qui alterne quelques morceaux de bravoure et d'autres espaces ironiques. Jusqu'à la fin, lorsque Tatiana Julien prend la parole, puis se livre, d'une autre manière. A ce moment-là, le spectacle éclate au bord du situationnisme, de l'improvisation et de la performance. Une drôle d'autofiction se déroule au cours de Soulèvement, le cheminement d'une femme qui a tenté de donner forme à sa colère. Tatiana Julien s'affirme très singulière. 

Soulèvement, Théâtre National de Chaillot, mercredi 27 novembre à 20h30

photo© Hervé Goluza

Retour | Haut de page | Imprimer cette page