L'Eden d'Arias

Eden Teatro est une pièce merveilleuse de Rafaele Viviani, mise en scène par Alfredo Arias, avec la troupe du Teatro Stabile de Naples. Plongée dans le music-hall napolitain. A voir dès ce soir au théâtre de l'Athénée.
Par Ariane Singer
le Vendredi 25 Mai 2018

edenAuteur dramatique italien, mais aussi acteur et musicien, Raffaele Viviani (1888-1950) a passé une grande partie de sa vie à écumer les théâtres et les cabarets de son pays. Apparu sur scène dès 4 ans, dans le petit théâtre de marionnettes où son père était habilleur, il puisait son inspiration dans la vie des petites gens de Naples, se rattachant à l'école du « réalisme » italien, à l'opposé d'un Pirandello. 

Amoureux du cabaret et du music-hall, le metteur en scène Alfredo Arias, l'est tout autant. Dans Divino Amore, en 2007, il recourait ainsi déjà à cette forme pour célébrer les petites troupes de théâtre populaire de Rome, avant, de proposer, deux ans plus tard, un hommage musical au Buenos Aires de son enfance, via Cabaret Brecht Tango Broadway

Dans Eden Teatro, son nouveau spectacle, le metteur en scène franco-argentin renoue avec Raffaele Viviani, dont il avait déjà monté en 2013 Circo equestre Sgueglia, un des textes les plus connus de l'auteur napolitain. L'Eden Teatro en question, c'est le célèbre théâtre de Bologne où Viviani était parvenu à se produire, à force de harceler son directeur: « le lieu le plus terrible où on pouvait passer » écrivait-il dans ses mémoires. « Un artiste qui passait à l'Eden de Bologne s'attirait la considération de tout le milieu des variété ». Mais celui qu'il nous fait voir ici est surtout un condensé de toutes les scènes qu'il aura pu fouler, lui ou sa troupe. Un lieu qui résume à lui seul les aspirations des acteurs et des metteurs en scène, et les difficultés inhérentes à cette vie nomade de saltimbanque. « Le music-hall raconté par Viviani est la corde raide où s'exprime la fragilité de l'être humain, explique ainsi Alfredo Arias. Rien de plus captivant que le monde de ces divas de l'Eden Teatro au bord du gouffre, qui se disputent une misérable survie sur l'affiche et sur les planches d'un théâtre qui est le dernier espoir d'un monde ou carrément la fin d'un monde. »

Conçu comme une revue de cabaret, avec des chansons et des intermèdes, Eden Teatro emmène le spectateur dans les coulisses de ce théâtre où la vie, la soif d'amour et de reconnaissance, mais aussi les histoires de jalousie et les rêves de gloire, s'unissent dans un souffle à la fois désespéré et furieusement joyeux. Robes en lamé, tenues de flamenco flamboyantes, immenses éventails en plumes, surprenant costume bi-face mi-masculin mi-féminin subliment les acteurs et actrices de la troupe du Teatro Stabile de Naples, tous excellents. Tirées de la pièce de Viviani ou dans le reste du répertoire musical de l'auteur, les chansons qu'ils interprètent séduisent par la vitalité tragico-burlesque qui s'en dégage. Elles sont accompagnées de façon particulièrement enthousiasmante, par les musiciens (pianiste, violoncelliste, accordéoniste) placés en bas de la scène, dont le jeu fait écho à celui des comédiens. En prologue au spectacle, un texte de Viviani disait la nécessité de faire du neuf pour séduire un public de moins en moins attiré par le cabaret et le spectacle vivant. Cette mise en scène festive, baroque et habillement désordonnée répond à cette injonction avec maestria.

Eden Teatro, de Raffaele Viviani, mise en scène Alfredo Arias, au théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet, jusqu'au 29 mai.

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