L'Arcadie des petits

Pépite du festival Chantiers d'Europe, Babelim de la troupe portugaise la Companhia de Musica Teatral réussit à s'adresser aux enfants dès 18 mois. Un moment lumineux et joyeux, à vivre encore demain, mardi 22, à 10h, à l'Espace Cardin.
Par Oriane Jeancourt Galignani
le Lundi 21 Mai 2018

babelimBabelim, le titre même du spectacle livre son principe premier : atteindre un langage que tous comprendraient et partageraient, même ceux qui n'ont pas encore accès à la langue. Au centre du spectacle, ce que l'on appelle le « babelim », une forme de communication à base de gestes et de sons, un langage d'avant le langage. En usant de ce vocabulaire, la Companhia de Musica Teatral de Lisbonne construit, sur scène une tour de Babel apaisée. Par le son, et le corps, ils entrainent, avec fluidité et douceur, les plus petits dans leur univers. Très peu de mots seront prononcés pendant cette heure de représentation. Mais des sifflements, des croassements, des chants multiples d'oiseaux, des chants, des sons, des mélodies simples. Sur scène, et parmi le public : un choeur de jeunes filles, en robes blanches, un pianiste, et un maître du jeu, superbe Pedro Ramos, danseur et chorégraphe de ce spectacle qui appartient autant à la danse, qu'au mime et à la musique. Babelim,a donc pour but de rejoindre Babel oui, mais aussi le paradis des enfants, l'époque où l'on babille, où l'on se transmet des syllabes, infiniment, mais aussi le temps où le corps entier devient l'élément de transmission de la parole. Par un ingénieux système de signes, de panneaux et de dessins, les comédiens et danseurs ordonnent leur spectacle. Différentes rythmiques se succèdent, permettant à l'enfant de vivre de fortes émotions, puis de se calmer, et de s'abandonner. C'est sans doute cette grâce que l'on retient du spectacle, cette capacité des comédiens à entrer dans ce temps de l'enfance, où les émotions sont vives et brèves, changeantes et récurrentes. Ainsi ces superbes rondes de jeunes filles, à mi-chemin de l'animalité, ainsi ces instants de chorales entrainantes, ainsi ce long tuyau de papier déployé sous les regards ébahis des enfants. Ainsi, moment inoubliable pour les enfants plus grands, ce conte de chevalier, de sorcière et de princesse, mimé intégralement par Pedro Ramos. Puissance de l'invisible. 

Sommet chorégraphique du spectacle, pour les enfants comme les adultes, la « danse de la pierre » au cours de laquelle Pedro Ramos porte, se confronte, ou épouse les formes d'une pierre invisible, danse à l'expression forte, vive, claire. Oui, sans doute est-ce pour cela que l'ensemble des enfants, même les plus jeunes, sont demeurés calmes et attentifs tout au long de la représentation, une clarté ressort de l'ensemble, une évidence, et une joie spontanée, que nous n'avions pas ressenti depuis longtemps.

Photo DR

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